Panafricanisme – Partie 5 : Pour un Africain nouveau

Salutations chère toutes et chers tous

Cinquième et dernier volet de notre causerie panafricaine ( Ici Partie 1, Partie 2, Partie 3, et Partie 4 )

 


 

Le désespoir n’existe pas en politique ou « Tant qu’il y a de la vie, il y a de l’espoir »

La notion de désespoir n’existe pas en politique, encore moins en Histoire. Il y a des succès, des échecs, des pertes ou des gains plus ou moins importants, des temps nécessaires pour accomplir des objectifs ou pour se remettre d’une défaite, oui…mais il n’y a pas de désespoir.

Rien n’est éternel, ni la domination des uns ni la servitude des autres. L’histoire est une arène dont on ne sort réellement que les pieds devants ( Ce qui équivaut à l’extermination pour un peuple. On peut oser donc dire que les Tasmans ou les Amérindiens sont out…ce qui est loin d’être le cas pour nous, africains.)

Dès lors que les moyens matériels existent, tout ce qu’il faut, c’est la volonté, la souffrance et le temps nécessaires.

« On a toujours été toujours dominés », « Ils nous ont tout apporté » etc, de telles phrases reflètent le succès de la subversion de masse par l’histoire coloniale encore enseignée de nos jours. Rien de plus.

 

Sur le « romantisme » des panafricains.

Une certaine bienpensance considère le « panafricanisme » comme une idéologie romantique, voire ou utopiste. Il n’en est rien. Loin s’en faut. Au contraire, croire que des micro-états multi-ethniques, aux frontières fantaisistes, sans profondeur historique et sans espaces géoéconomiques adéquats, sont capables de s’imposer dans le monde actuel, ça c’est du romantisme pur et dur, ça c’est de l’utopie !

Les panafricains (sérieux et conséquents) font plutôt preuve du pragmatisme et du réalisme les plus féroces et implacables. Qu’on se le tienne pour dit. Ce disant, nous faisons l’impasse sur les panafricanistes de comptoir et de bistrot (tant il est vrai que la diffusion de ces idéaux dans les masses est primordiale). La question du devenir de tout un peuple, plus d’un milliard d’individus, une histoire qui s’étend sur plus de 12 millénaires, est beaucoup trop importante pour qu’on se perde en discutailles stériles.

 

Ces deux choses étant dites…

 


 

L’Union Africaine.

Impossible de parler de panafricanisme sans évoquer cet organe supra-étatique. Un lion docile comme un chaton ; Décrivons-la ainsi, l’union Africaine. Après tout, rien d’étonnant; que pourrait-on attendre d’une organisation très majoritairement financée par des puissances non-africaines. Surtout quand les peuples africains n’exercent aucun semblant de pression sur ses instances pour faire bouger les lignes.

Drapeau de l'Union Africaine

Drapeau de l’Union Africaine

 

Des arguments

En définitive, les raisons pour « désespérer » sont nombreuses, les dieux savent qu’elles sont très très nombreux. Mais comme dit plus haut, c’est une notion qui n’a pas sa place sur l’échiquier. Dans l’arène, il  n’y a pas de place pour ceux qui doutent. Du reste, il ne s’agit ni d’être afro-optimiste ou afro-pessimiste, il s’agit d’être Africain ou de ne pas l’être.

« C’est des forces des convictions que dépend la réussite pas du nombre de partisan. » ~  HP7 part.2 -Remus Lupin~

 

 

La dépossession de soi (Le point le plus important de cette série d’articles) 

Notre plus grande tragédie est sans doute l’état de déracinement très profond et de dépossession de soi dans lequel se trouve l’Africain. Nous sommes pour la plupart totalement déconnectés de notre histoire plurimillénaire, abreuvés à l’excès à des sources étrangères; aliénés jusqu’à l’os, nous sommes aujourd’hui à nous-mêmes, ennemis à nous-mêmes, en état permanent de conflit interne. Comme dirait le Poète, nous sommes « lit sans drain de toutes les eaux du monde/poreux à tous les souffles du monde ».

Nous sommes l’exutoire d’autrui: le déversoir sans contrôle de tous les produits et sous-produits de l’extérieur, notamment de l’Occident. Sous-produits au sens physique (déchets industriels, junk food, etc…) et surtout au sens intellectuel et culturel (invariablement traversés par tous les courants : christianisme, islamisme, protestantisme, communisme, capitalisme, féminisme, despotisme, « démocratisme », modernisme, post-modernisme, et tant d’autres « ismes »).

En l’état actuel des choses, « l’en-soi » africain est étouffé, noyé sous un flot incohérent et incoercible de visions du monde étrangères, pour le meilleur ou pour le pire (plus pour le pire que le meilleur). De fait, quelle est notre rapport au monde, notre vision du monde (ce que les allemands appellent « Weltanschauung ») et notre Grand Projet pour l’avenir ?

Il ne s’agit en rien de se fermer aux richesses extérieurs, mais comme le disait le Général de Gaulle, « ce qu’on a de mieux à offrir au monde c’est soi-même » : l’africain contemporain n’a rien à offrir au monde car il ne se possède pas lui-même. Il consomme sans jamais s’arrêter, sans digérer, sans juger sereinement.  Cette vacuité et cette dépossession de soi, résultat dramatique de la combinaison mortelle esclavage + colonisation, est incontestablement plus dévastatrice que tous les missiles sol-sol du monde.

 

Renaitre comme le phénix renait de ses cendres.

Renaitre comme le phénix renait de ses cendres.
Crédits: http://montki.eu

Pour un Africain nouveau

Ainsi, tous les rêves de Renaissance Africaine et d’Union Panafricaine (tous formats confondus) resteront lettre morte tant que les peuples, une masse critique d’intellectuels et de gens du quotidien, ne s’en seront pas emparés. Et plus encore, il n’y aura jamais, au grand jamais de prospérité tant que l’Africain ne « renaitra pas à lui-même », tel un phénix.

Nous appelons donc de tous nos vœux un ressourcement, un renouvellement des naissances ou « whm mswt » (« Uhem Mesout »), pour reprendre la formule des ancêtres égyptiens.

Fourvoyés par les oripeaux du matérialisme creux moderne, nous avons trop souvent sous-estimé l’importance du culturel, du spirituel et de l’idéologique, alors que c’est ce qui fait tout (en tout cas un grande part). Car les hommes sont si peu de choses, ôtez leur leur Histoire et leur vision du monde : vous obtenez des machines biologiques qui se contentent de consommer et déambuler à la surface de la terre jusqu’à leur date de péremption.

Il s’agit donc que renaisse un africain nouveau, maitre de lui-même et de son histoire, parfaitement désabusé sur les réalités cachées et les forces profondes qui font se mouvoir l’Histoire, ayant tué l’odeur du père « blanc » , armé jusqu’aux dents de science et d’idéaux, porteur fier d’une vision du monde originale qu’il sera prêt à offrir, à proposer au monde, au concert des nations.

Toutes les élites et les Hommes éclairés devront, dans la mesure du possible, travailler à cette régénération, tant il est vrai que ce ne sont pas les pier­res, mais les hommes qui font la force des murailles qui pro­tè­gent les cités (Thucy­dide)

 

Vive l’Afrique, vive l’Avenir, vive l’Humanité!

 


« Ne doutez jamais du fait qu’un petit nombre de gens réfléchis et engagés peuvent changer le monde. En réalité, cela s’est toujours passé ainsi. » – Margaret Mead

 

Terminons donc cette causerie comme nous avons commencé…en nous faisant une petite culture :

Kwame NKRUMAH

panafricanisme (2)

 

Cheikh Anta DIOP

panafricanisme (6)

 

Frantz FANON

Frantz FANON - Crédit: ile-en-ile.org

Frantz FANON – Crédit: ile-en-ile.org

 

 

Edem KODJO

Edem Kodjo, Ancien Secrétaire Général de l’O.U.A. Homme Politique Togolais. Théoricien du Panafricanisme

Edem Kodjo, Ancien Secrétaire Général de l’O.U.A. Homme Politique Togolais. Théoricien du Panafricanisme

 

Amzat Boukari-Yabara

amzat boukari-yabara

amzat boukari-yabara
Crédit: www.parisglobalforum.org


 

Ces petites choses étant dites, bouclons timidement la boucle, ayant à peine gratté la surface de ce sujet Ô combien passionnant. Tout en gardant ceci à  l’esprit:

 

Les mots peuvent ce que les mots peuvent, sans plus, le reste est une affaire de poigne et de poing, de sang et de glaive. A.R.D-A.

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