La violence dans l’Histoire (1)

Violence dans l'histoire (1)

Prolégomènes :

Ce billet ne sera ni une incitation à la violence, ni une apologie de la violence « aveugle » ou non. Encore moins un procès à telle vision du monde ou tel courant de pensée.

Ceci se veut une discussion amicale et, je l’espère, aussi plaisante qu’édifiante. Une réflexion strictement théorique au sujet de la « Violence dans l’histoire », au sens global du terme. J’ai trouvé intéressant de mettre le doigt sur certaines contradictions doctrinales auxquelles nous nous heurtons souvent. Notamment dans nos pays « autrefois » colonisés et soumis à la prédation de puissances extérieures.

Salutations, chères toutes et chers tous!

J’accouche ces quelques lignes suite à une plaisante rencontre entre twitos de Lomé (un #TweetUp ça s’appelle. Comme le montrent quelques articles Lumineux et Parlants de mes camarades, nous n’en sommes pas à nos débuts, oui bien cher Petit écolier?). Bon, on s’égare, la violence dans l’histoire donc:

De la violence… comme moteur de l’Histoire.

Au  fil de notre discussion, j’ai été amené à aborder la question de la violence. Pour moi, tout est parti de ce constat assez perturbant, surtout par sa récurrence. La violence semble être un important moteur ou auxiliaire des principaux mouvements de l’Histoire. Pour toute personne éduquée et formatée dans le cadre démocratiste et droit-de-l’hommiste bisounours, pour toute personne « instruite » et « civilisée », certains faits d’histoire peuvent sembler très paradoxaux, voire violemment aporétiques.

La violence organisée : à la source de toute grande civilisation

A mon plus grand déplaisir, je ne connais aucun grand changement politique et historique qui soit le fruit exclusif du « débat d’idées ». Il y a débat d’idées, certes, mais à un moment donné, il y a acte. Et les actes sont rarement des danses autour du feu. En cas de désaccord prolongé et insoluble, quelqu’un finit par taper du poing sur la table.

Globalement, toutes les grandes civilisations commencent par un acte de violence, la violence sous sa forme la plus radicale et frontale : la guerre. Ceci vaut pour les douze mille ans que couvre l’Histoire officielle*  :

L’empire du Mali commence avec la bataille de Kirina; ce n’était pas un petit café entre Keita ou Soumahoro Kanté, on est d’accord.

Crédit: www.djehutygraphics.com

Crédit: www.djehutygraphics.com

L’empire romain commence de façon très révélatrice avec le mythe du « meurtre de Rémus par Romulus». Ne parlons même pas de la façon dont l’Imperium Romanum a grandi et prospéré ( avec les mille et une campagnes militaires, les guerres puniques, etc.)

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La suprématie de l’Angleterre et de la civilisation anglo-saxonne s’est forgée dans de nombreuses batailles décisives ( L’Invincible Armada, Trafalgar, Waterloo). Ce n’est pas à cause de la beauté de ses idées philosophiques ou à cause de son porridge qu’elle a dominé le monde et continue de le faire, mais à cause de sa grande maîtrise de la violence organisée.  Tout le reste, l’économique, le linguistique et le culturel, les voies de communication est dépendant de ce facteur fondamental.

Même la brillantissime civilisation africaine de Ta-mery (L’Egypte ancienne) commence avec la Sématawoui : l’union des Deux Terres. Laquelle union n’a pu se faire qu’après que le roi-chasseur Narmer-Menès a botté les fesses aux rois des 41 autres petits royaumes et les a forcés à s’unir sous son autorité.

La Sématawoui, Palette de Narmer - Crédit: www.toutankharton.com

La Sématawoui, Palette de Narmer – Crédit: www.toutankharton.com

Tete de Narmer-Menès - Crédit: diasporicroots.tumblr.com

Tête de Narmer-Menès – Crédit: diasporicroots.tumblr.com

La violence (intelligemment et sagement dirigée, je précise) semble une nécessité de l’histoire, un impératif catégorique indépassable. C’est assez perturbant pour quelqu’un qui a reçu la formation, ou plutôt le formatage intellectuel que nous donne l’école.

 La violence précède et garantit le droit, et jamais l’inverse

Violence dans l'histoire (9)

Dura lex sed lex

Ce qui est vrai pour les civilisations l’est aussi pour la loi, ou le droit. La loi n’est garantie que sous l’autorité d’un puissant qui, en dernière instance, punit les contrevenants: On respecte une loi parce qu’on risque subir les foudres de sa divinité ou de sa société en cas de transgression.

La loi tire donc sa force et son essence dans le châtiment (du moins à ses débuts, car par habitude et apprentissage, on se « conduit bien » tout seul. On intègre la loi). Le châtiment peut découler de l’autorité au sommet (exemple du monarque) ou plus indirectement, par une caste d’oratores et d’hommes de loi (exemple de la « caste » des magistrats dans les sociétés modernes). Quoi qu’il en soit, la loi n’est rien sans la violence intrinsèque qu’elle porte et brandit. La maxime « dura lex sed lex » est d’ailleurs tout à fait édifiante.

Pour mémoire : le code civil français (dont nous avons hérité) est né sous Napoléon Bonaparte, pas vraiment un démocrate. Il en est de même pour le Kurukan Fuga (la charte du Mandé, une des premières constitutions de l’histoire) qui fut rédigé après la bataille de Kirina.

J’irai même plus loin en disant que celui qui possède la force définit ce qui est légal ou non, punissable ou non, du moins dans cadre  restreint où s’étend sa domination.

« N’oubliez jamais que l’action d’Hitler était légale en Allemagne » Martin Luther KING

Violence dans l'histoire (2)

L’outrance du «débat d’idée » voltairien ou la castration d’une lutte.

Nous, jeunes ‘éduqués’ d’Afrique, nous avons appris à mépriser la force brutale, et indirectement à avoir un souverain mépris des « coups d’Etat » (très souvent à juste titre, je le précise également). Mais il serait intéressant de s’interroger sur l’utilité objective de nos « convictions ». Car dans ces conditions, il y a deux choses :

  • : Si l’intelligence brille plus que la force brute, la force brute pèse plus lourd. Les deux ensembles brillent et pèsent !
  • : Si les sages, les raisonnables et les érudits n’ont pas le contrôle de la violence, d’autres le prendront. Quant à savoir qui sont ces autres et ce qu’ils en feront…

On peut légitimement se demander « à qui profite le crime », ou plutôt « à qui profite le débat d’idées» ? Car, de ce point de vue, et de ce point de vue seulement, tout comme il est utile de tuer le patriotisme dans l’âme d’un peuple qu’on veut maintenir sous domination, il est tout aussi utile de « castrer » sa résistance. La castrer en l’engluant dans le culte du discours, en la faisant errer dans un labyrinthe de propositions-négociations-revendications.

Et là, comme dirait Gandhi:

Il est préférable d’être violent quand la violence emplit nos cœurs que de revêtir un manteau de non-violence pour cacher notre impuissance. Mahatma Gandhi

PMBGandhistatue

Mahatma « Non violence » Gandhi – Wikipedia

Arrêtons-nous donc ici pour l’heure.

Bien à vous

A.R.D-A.

« Alors parla le brave Horatius, le capitaine de la porte : “Tôt ou tard la mort arrive à tout homme sur la terre, et comment mourir mieux qu’en affrontant un danger terrible pour les cendres de ses pères et l’autel de ses dieux ? “

 

(*) pour ce qui a existé avant, on va dire qu’on n’en sais pas grand-chose.

12 Commentaires

  1. Ghandi se retournerait sans doute dans sa tombe en lisant ces lignes. Mais il n’est pas Dieu pour qu’on ait pris toutes ses réflexions sur la non-violence comme parole d’évangile. Ce billet est magnifique. 🙂

    La suite, vite, vite, vite.

    1. Merci chère Plume Parlante ( modérateur et chef d’ochestre de circonstance!)

      Le plus étrange, c’est que je ne suis sûr qu’il se retournerait tant que ça dans sa tombe, le Gandhi… Un sacré personnage.

  2. Je suis un passionné des faits historiques, mêmes les plus violents. Seulement, je me demande si pour l’avenir, on ne peut pas disposer d’en faire économie. L’histoire bien plus récente des printemps arabes où les peuples n’ont pas eu à la fin ce qu’ils voulaient vraiment, si ce n’est plusieurs années d’instabilité (Tunisie, Libye, etc) prouve à suffisance, que soit, l’humain violent a évoluer et ne s’émeut plus suffisamment de la force brute qui forge la société de demain. Avant, les gens cassaient tout ce qu’ils avaient construit, et reconstruisait plus beau et mieux que ce qui était cassé. Aujourd’hui, les gens cassent, puis recherchent là où on n’a pas encore cassé, puis ils cassent encore et encore… Le monde depuis Remus et Romulus, a bien changé

    1. Tu as tout à fait raison. D’ailleurs, il est nécessaire de le préciser aussi souvent que possible, la violence est une arme à double tranchant, parfois même plus dangereuse encore pour celui qui s’en sert.

      Même si je considère que le printemps arabe est une manipulation extérieure, ou en tout cas une brillante récupération par certains services, il est certain que les choses ont bien changé. Si la violence, au sens global ou je l’entends ici, est déjà quelque chose d’explosif et dangereux, elle est encore plus néfaste dans le contexte actuelle. ça donne matière à réfléchir.

  3. La violence intelligemment et sagement dirigée, je précise semble une nécessité de l’histoire, un impératif catégorique indépassable. C’est assez perturbant pour quelqu’un qui a reçu la formation, ou plutôt le formatage intellectuel que nous donne l’école.
    Tout a fait d’accord
    Joli billet serieux avec un brin d ‘humour.. j’aime

    1. SYRIE: Roland Dumas dit tout ! ennnnn 2013 il colle au billet du jour !!!

      (reprise de commentaire sympa)

      « Le but n’est pas d’apporter la démocratie mais d’apporter des régimes faibles entre lesquels ils pourront jouer »

      « Je suis sûr qu’il a raison. Beaucoup de dirigeants cyniques et sans scrupules avaient des raisons pour provoquer la guerre. Et surtout 2 raisons: affaiblir l’Iran et les chiites, et affaiblir la Russie. Leur donner un coup de poignard dans le dos. Les occidentaux rêvaient de faire perdre à la Russie sa base de Tartous, affaiblir l’Iran, et prendre le contrôle de la route des oléoducs ou gazoducs. Les turcs et les pétromonarques du Golfe rêvaient aussi d’affaiblir l’Iran, avec l’intention de prendre le leadership au Moyen-Orient. Et, cerise sur le gâteau, se débarrasser définitivement des minorités chrétiennes d’Orient au passage. Avec par exemple Erd.ogan qui ne pense qu’à tuer des arméniens, ou les djihadistes qui massacrent tous ceux qui refusent de se convertir à l’islamisme radical.
      Manque de pot, ça n’a pas marché. Les alouites, les chiites, les chrétiens, et les vrais sunnites syriens, (pas les mercenaires sunnites étrangers) tous ceux-là, ils ont résisté. L’Iran les a soutenu, l’ours russe a montré les griffes, et le Hezbollah est intervenu dans le style bulldozer. Alors maintenant les djihadistes commencent à comprendre qu’ils ont affaire à plus fort qu’eux. Et les « grandes » nations qui soutenaient les djihadistes, directement ou indirectement (n’est-ce pas Hollande), elles se rendent compte qu’elles ont perdu leur temps, leur argent et leur honneur. »

      https://www.youtube.com/watch?v=Is8o-wiRY4s

      1. Oui, j’ai vu cette confession de Dumas. C’est clair qu’il a mis a nu les sombres entourloupes de cette affaire. A présent ils ont transformé le moyen-Orient en un indescriptible bourbier de barbarie et de luttes fratricides. Entre les Saoud et les Qatari à la botte des yankees et l’arc Iran-Syrie-Liban, résistant fermement à la sauvagerie téléguidée par l’éternelle force de désordre, éternelle fauteure de guerre, il y a un sacré bourbier.
        C’est là où ont voit à l’œuvre ce qui ont élevé la violence (directe comme indirecte) au rang d’art, de manière d’être et de prospérer, ce qui est la chose la plus méprisable qui soit.

        1. « war by proxy » formule créait par Zbigniew Brzeziński sur le renouvellement de la forme de maintien de l’empire comme maître du monde …pauvre de nous !!!

          Ton « resenti » sur les derniers evenements venant du Kenya ??

          1. « Guerre par proxy » tout à fait, et nous sommes pris entre le marteau et l’enclume. Violemment
            Comme tu le dit si bien « Pauvres de nous ».
            La colère, la colère et la frustration, la colère, la colère pour le sang versé. Dieux!
            Maudits maitres de la violence
            Que faire, que dire? « « Alors parla le brave Horatius, le capitaine de la porte : “Tôt ou tard la mort arrive à tout homme sur la terre, et comment mourir mieux qu’en affrontant un danger terrible pour les cendres de ses pères et l’autel de ses dieux ? “
            Que faire?

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