Éducation au Togo: jusqu’où descendrons nous? (3)

Salutations chères toutes et chers tous,

Face à une question aussi impérieuse et vitale que celle de l’éducation, on ne peut jamais être de trop pour discuter. C’est ainsi que je m’en vais donc, à la suite de mes camarades Marek et Eli, commettre une petite contribution dans cette série d’articles dédiée à l’éducation togolaise… ou plutôt ce qui semble être son inexorable descente aux enfers. Cet article s’écrit dans le contexte particulier des résultats du BAC 2 (Baccalauréat deuxième partie) le grand épilogue de la « saison » des examens.

Children in open-air classroom in Ewe village bush school, Kpalime Valley, Togo, Africa

Enfants dans une classe à ciel, Kpalime, Togo, Afrique – Source: civicschv2o1.blogspot.com

 

Quand la température monte, on ne casse pas le thermomètre

Le niveau baisse, il baisse avec la régularité d’un train qui fonce droit dans le mur. Combien de fois n’avons-nous été désemparés par la relative médiocrité, ne serait-ce que dans la capacité à s’exprimer, des lycéens voire des « nouveaux étudiants » ces dernières années – parfois des individus admis avec de fortes moyennes ? Comment tout ce monde réussit-il à passer? La chance peut-être – elle travaille beaucoup ces derniers temps.

« C’est chaud », comme on dit. « Accompagner » la baisse de niveau ne servira à rien. Depuis trop longtemps, il semble pourtant que l’État préfère casser le thermomètre au lieu de voir les choses en face et de prendre ses responsabilités. Avec un système éducatif vieilli, reposant sur son propre squelette en équilibre précaire, un programme suranné digne de l’époque coloniale – des enseignants de moins en moins bien formés, de moins en moins dévoués, de moins en moins intéressés, ne serait-ce que vaguement, à la formation complète des élèves, ayant une vision plus mercantiliste que sacerdotale de leur métier, avec la sur-extension du secteur privé – l’absence de réformes structurelles profondes pour régénérer le système… un esprit tordu serait tenté de croire que la baisse de niveau général n’est pas une anomalie mais plutôt le but recherché par cette machine infernale. Après tout, il est tellement plus facile de régner sur des gens mal éduqués et anesthésiés par l’alcool, enfin bref, c’est encore autre chose, je divague, je perds la boule, comme notre système éducatif en somme. Entre temps, l’université ressemble à un tombeau à ciel ouvert où viennent mourir et pourrir la plupart des ambitions et des énergies de la jeunesse bachelière.

Il parait que celui qui contrôle l’éducation d’un pays pendant une génération décide de son destin pour un siècle. Eh bien, on ne peut s’empêcher d’être plein de questionnements et de doutes quant à l’avenir de notre État, le Togo, et du rôle qu’il pourra jouer dans l’Afrique de demain. Bien sûr, on pourra toujours compter sur nos bons bourgeois et nos hauts cadres de la fonction publique qui envoient leurs enfants se former dans les meilleurs écoles, à l’étranger notamment, ils viendront héroïquement prendre les rênes du pays, mais quand même!

La machine à éduquer va mal, ce n’est presque plus qu’un cadavre exsangue, uniquement agité par les soubresauts dus à son pourrissement. Bien sûr, un phénomène aussi global et systémique est multifactoriel, et les élèves sont également à questionner.

 

source : wikibusterz.com

« WhatsApp » ou la vague déferlante

Entre autres choses, WhatsApp est une arme de distraction massive pour la jeunesse actuelle. Il est frappant de voir que, encore plus que le symbole de l’intrusion de plus en plus profonde des réseaux sociaux dans nos habitudes, WhatsApp sur-aggrave ce phénomène et l’amène à un pic inégalé – illustrant un mal qui est dans l’air du temps : la distraction, car nous sommes trop distraits. Quand on passe des heures et des heures à discuter (monologue narcissique par « amis » interposés) dans des groupes ou dans des « inbox », à s’échanger pour la plupart un flot d’affligeantes banalités et à « caler » des « rencontres » – bref, quand on passe autant de temps pendu à son téléphone à « WhatsApper », on n’est pas en train d’étudier ou de lire ou de se cultiver.

Bien sûr nous n’allons pas jeter le bébé avec l’eau du bain, et vouer cette application aux gémonies (ou les réseaux sociaux dans leur ensemble), loin de là. Tout est question de mesure, comme dirait Youssoupha, « le feu qui finit par te brûler est souvent le même feu avec lequel tu te chauffes ». Il s’agit d’évoquer ici l’inutilité addictive qui nourrit l’essentiel de ces activités. Si c’est déjà dommage pour n’importe qui, ça l’est tout particulièrement pour nos petites crépues sur les bancs d’écoles… l’inutilité est d’autant plus dommageable quand, en plein cours tout au long de l’année, voire même en période de révisions, on est absorbé par son téléphone. Ce disant, nous n’évoquons même pas l’effet dévastateur du « langage SMS » sur le vocabulaire et la grammaire des apprenants. Ce serait presque drôle si ce n’était pas tragique.

Un certain Eyadema a dit une fois « aucun sacrifice n’est trop grand lorsqu’il s’agit de la jeunesse ». Eh bien partons du principe que notre état est sérieux et soucieux de l’avenir de la jeunesse togolaise et demandons de faire ce qui doit être fait, sous peine de sacrifier une génération entière, de faire des diplômés analphabètes et incultes, des ignares arrogants au cerveau rempli de vide et inaptes à réellement appréhender le monde – ce qui est déjà largement le cas sans doute…

 

Demain il fera beau

Évidemment, il y aurait beaucoup à dire et redire sur la crise du système éducatif togolais, les résultats de ces dernières années sont à la fois l’expression et la cause d’un état général qui ne dit rien qui vaille, mais nous nous arrêterons là en remontrances. Nous osons garder un tyrannique espoir pour un renouveau futur. Il serait heureux que les solutions idoines soient avancées dans un avenir proche, que les fameux états généraux soient faits, par exemple, qu’on puisse remettre le train sur les rails. L’Afrique a besoin de bâtisseurs pour les défis d’aujourd’hui et de demain, puissions-nous fournir, par l’école et l’éducation, les meilleurs gladiateurs pour notre propre succès.

 

education_togo_sourires_enfants

enfant souriants – source : eco.lyreco.com.sg

 

 

Bien à vous

9 Commentaires

  1. Bonjour Renaud;
    c’est avec fierté que je lis ton blog. cela ne m’a aucunement pas surpris de ta part.
    YAMOUSSA Adam (Classe de CM2, élève épanoui, TOUKOUSSALA, #petitrenaud#)

  2. Bonjour,

    Dans la partie anglophone de l’Afrique, le problème éducatif est-il similaire ? Ne peut-il pas y avoir dans cet affaiblissement du niveau, un effet de causabilité partiel dû à une guerre de rayonnement culturelle ?

    1. C’est une part non négligeable de l’équation, certainement! Déjà que dans l’ensemble des médias main-stream, le « génie français » semble se réduire de plus en plus à la gastronomie…

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