Charlie ou Kenya… Moi je suis Kenya !

Crédit: www.jihadwatch.org

Crédit: www.jihadwatch.org

Nous voilà donc, chers amis, en ce jour qui commence. Le visage morose, l’esprit enfiévré, l’âme tuméfiée, il persiste dans notre bouche comme un gout de pisse, une amertume diffuse et atroce qui refuse de céder face aux festivités de la résurrection de Jésus de Nazareth, sauveur des chrétiens. Car nous émergeons à peine des relents vaporeux de ce qui restera dans nos mémoires comme la fête de Pâques rouge, rouge du sang kényan qui a coulé et souillé un temple du savoir, rouge de l’innocence égorgée sur l’autel de la barbarie,  rouge de la colère et de la douleur des familles éplorées.

Entre colère et frustration

Que ce soit pour le Niger, le Nigeria ou le Kenya, je remarque que ces fameux « soldats de Allah » ne s’en prennent qu’à des pays riches en ressources et/ou qui ont toutes les chances de devenir des leaders d’une renaissance panafricaine. Un chaos bien salutaire à certains manipulateurs… tiens, le hasard sûrement. Face à l’ampleur de l’horreur, nous sommes partagés, submergés de sentiments violents. Deux d’entre eux retiennent mon attention :kenya garissa charlie (3)

La haine contre ces prétendus soldats d’Allah qui font (et coupent) des pieds et des mains pour nous tirer par la tignasse des cheveux dans une pathétique et mortifiante guerre de religion. Allons-nous sombrer dans la violence ?

Le dépit, le dépit profond et l’indicible frustration face au monde qui était Charlie il n’y a pas si longtemps, mais qui s’en fout royalement de Garissa.

Nous n’allons même pas entrer dans des considérations numériques, c’est un décompte macabre que j’ai toujours trouvé indécent (encore qu’on pourrait le faire, que ce soit pour les 100 millions de l’esclavage, les 6 millions de la Shoah ou les 10 millions du Congo).

Un deux-poids deux-mesures pas du tout étonnant

Étonné par la différence de traitement de cette tragédie dans les médias main-stream ? Pourquoi ? Moi, ce qui m’étonne, c’est ceux que ça étonne.

kenya garissa charlie

Cette maxime dit. Au cas vous ne l’auriez pas remarqué, c’est comme ça que fonctionne le monde. Je sais que la religion du droit de l’hommisme et de l’égalitarisme abstrait a fait beaucoup de dégâts dans l’esprit de mes compatriotes africains, mais il y a des choses élémentaires à ne pas oublier :

  • Personne ne se fait respecter par les larmes et la pleurniche. Surtout pas quand on se traîne à longueur de siècle une image savamment entretenue de demi-sauvage et de primitif affamé.
  • Il faut pleurer la mort de son fils avant d’aller pleurer celle du voisin. Si le voisin est plus riche que toi et qu’il ameute tout le quartier, c’est son droit… Mais est- ce que toi tu es obligé d’aller aux funérailles de son cousin ou de sa belle-mère quand lui il ne vient jamais aux funérailles de tes enfants ? Non, mais où on a jamais vu ça ? C’est quelle affaire ça? Chez moi, c’est ce qu’on appelle être « Honvi ».

On peut être Charlie et Kényan.

Certes, on peut être ému pour les tueries de Paris et pour le massacre de Garissa en même temps. La question ne se pose pas. C’est même la moindre des choses… Mais alors, où sont les Kényans à l’heure de ce drame ? Mieux encore, où sont les #JesuisKenya parmi les #JesuisCharlie ?

Où sont donc les Charlie, les Charlots et autres bisounours ?

D’aucuns considèrent le massacre de Garissa comme sur fond religieux et l’affaire Charlie Hebdo étant plutôt dans le cadre de la sacro-sainte « liberté d’expression ». Le dossier de Garissa est considéré par ces « experts » comme non conforme pour être sponsorisé. Moi je dis « Gratte-moi le dos ». C’est de la tartufferie ou je ne m’y connais pas.

Comme dirait l’aîné Kpelly :

kenya garissa charlie (5)Tu es Africain, tu es touché par ce qui s’est passé au Kenya? Eh bien, compatis à ta manière. Et comme cela se fait sur Facebook, mets ‘Je suis Kenya » ou une bougie sur fond noir avec KENYA écrit dessus en photo de profil, et, surtout, boucle-la. « Oui, voilà, les Blancs ne disent rien sur le drame kényan, aucun d’eux n’a mis « Je suis Kenya » sur son profil, alors que pour Paris nous avions tous mis « Je suis Charlie… » Vraiment, boucle-la. Ce n’est pas à coups de larmes et de pleurnichements et de soupirs qu’on réussira à tourner le cœur de qui que ce soit vers l’Afrique. La compassionb ça ne s’achète pas. Surtout pas avec des larmes !

Voilà qui est dit et bien dit.

J’épouse entièrement la pensée d’un autre aîné, Kossi Noglo :

Crédit AFP - Carl de Souza

Crédit AFP – Carl de Souza

Chers amis africains, près de 150 personnes assassinées chez nous et nous ne voyons aucun chef d’Etat occidental venir faire une marche au Kenya. Nous ne voyons aucun T Shirt « Je suis…. ». Nous ne voyons pas les grandes chaînes de télé passer la nouvelle en boucle. Nous ne voyons aucune célébrité se scandaliser, aucun débat télé? On a vu tout ça quand il y a eu 12 tués à Paris n’est-ce pas? Ça montre bien le MANQUE DE CONSIDÉRATION qu’on vous donne en tant que race, culture et continent. La prochaine fois vous réfléchirez mieux avant d’aller STUPIDEMENT témoigner de la compassion alors qu’on ne vous rendra pas la pareille.

 

Nil novi sub sol

Pour moi, comme dirait la Bible, il n’y a « rien de nouveau sous le soleil ». Ces gens-là n’ont jamais eu de considération pour nous, pourquoi ça changerait aujourd’hui ? Arrêtons de quémander leurs larmes, leur commisération et leur considération. Si CNN & Cie avaient été des chaînes africaines ou panafricaines, je crois que ça se saurait.

Un journaliste travaille pour celui qui le paie, est-ce  vous qui payez ceux de CNN ? Hein ?

D’ailleurs on peut prolonger cette question : qui finance les shebabs, Boko-Haram et autres Aqmi ? Qui ? D’où viennent leurs armes ? Allah peut-être ? Comme dirait un grand érudit musulman, le cheikh Imran Hossein :

« Ce n’est pas le père Noël qui fournit les armes à l’Etat islamique ». Cheikh Imran Hossein

Il serait grand temps que nous retrouvions le chemin de l’intelligence. Au lieu d’être là à pleurnicher encore, à se demander « pourquoi pas nous » encore. Ceci est un monde de violence, tout particulièrement envers les plus faibles. D’ailleurs, en parlant de violence, attendez de voir le grand bouquet final (et mondial) que les puissants nous réservent, vous allez bien être Charlie.

Nous ne pouvons exiger d’être traités avec respect et considération tant que nous sommes faibles. Arrêtons d’être étonnés.

Je n’ai jamais été Charlot et ce n’est pas demain que ça va changer. Pour ceux qui disent qu’être Charlie, c’est être pour la liberté d’expression, soit, c’est une façon comme une autre de voir les choses.

Et nos chefs d’Etat… Immonde et affligeante soumission !

Crédit: www.rewmi.com

Crédit: www.rewmi.com

Le plus mortifiant, c’est nos chefs d’Etat, surtout la bande à Charlie n’ont pas daigné faire un discours ou une condamnation. Rien, zéro, nada, peau de balle. Trop occupés à bien se faire voir par le maître, ils se sont comportés en dignes gardiens de plantation en allant marcher comme des toutous bien dociles à Paris. Je ne parle même pas des larmes de certains, comble de l’humiliation. A croire que leur pays respectif ne se trouve pas en Afrique. Dans leur esprit, comme dans celui de beaucoup, il y a leur pays, et puis il y a la France, l’Europe et les States. Ils se sentent éminemment plus proches de Paris que de leurs voisins.

Le plus tragique c’est que, par leur comportement, ils nous forcent à choisir notre camp entre les tragédies en Afrique et celles d’ailleurs.

 

C’est bien la preuve que nous ne sommes pas encore sortis de l’auberge…  ou plutôt de l’abattoir, pauvres moutons charlots que nous sommes. Notre sang coulera encore, encore et encore, dans l’indifférence générale, mais ce n’est pas grave, puisque « nous sommes tous Charlie ».

Alors, quand retiendrons-nous donc les leçons de l’Histoire ? Notre sang carbonique et « sauvage » n’intéresse personne. Nous sommes seuls.

kenya garissa charlie (2)

Bien vous

A.R.D-A.

26 Commentaires

  1. Evidemment cette histoire ne doit interessé à personne car nous vivions un monde ou le diable regne.Avant de commenter cette tragédie,il fallait au prime a bord laver ta bouche et formater ta façon de penser!!

  2. Je voulais poser cette question sur mon mur facebbok : Ce ne sont pas des humain qui sont morts ? Mais je suis satisfait par cette partie : « D’aucuns considèrent le massacre de Garissa comme sur fond religieux et l’affaire Charlie Hebdo étant plutôt dans le cadre de lasacro-sainte« liberté d’expression ». Le dossier de Garissa est considéré par ces « experts » comme non-conforme pour être sponsorisé. Moi je dis « Gratte-moi le dos ». C’est de la tartuferie ou je ne m’y connais pas. »

    Merci là bas, Renaud. Sinon tu bois quoi ? C’est moi qui offre la tournée. 🙂

    1. « Ce ne sont pas des humain qui sont morts ? » Ah ça, apparemment toute mort n’est pas mort adodoé. ça varie en fonction de la localité et du taux de change (taux de mélanine)
      Bah pour le verra, moi je suis un classique, Guiness fait mon plaisir. 😀 On en reparle! Il y a un article à conconcter de toutes façons.

  3. Je suis Kenya !

    Nous ne sommes pas encore sortis de l’abattoir, comme tu l’écris pour ceux et celles qui ne sont en accord avec la politique de Tel Aviv Yafo et Washington…

    J’espère que la grande majorités des Africains ne tomberont pas dans les pièges de la guerre de religion qui leur sont tendu par l’empire…
    Je ne souhaite pas, mais il faut vous attendre chers amis d’Afrique à subir des attaques de terreur contre les populations du continent d’une extrême violence, et cela, avec une fréquence de plus en plus importante ,avec en prime une augmentation des force de L’AFRICOM ayant pour mission « la paix entre les peuples » !!!

      1. Tout à fait, cher Franck, j’avoue que c’est une chose qui m’inquiète de plus en plus. il est certain que les « forces du bien » vont faire monter la cadence pour nous pousser à la guerre. Même si je croise les doigts à me les briser, vous et moi savons comme ces formules on déjà marché par le passé. Les « forces du bien » ont une très longue expérience dans l’art de créer des guerres ».

        « J’espère que la grande majorités des Africains ne tomberont pas dans les pièges de la guerre de religion qui leur sont tendu par l’empire…
        Je ne souhaite pas, mais il faut vous attendre chers amis d’Afrique à subir des attaques de terreur contre les populations du continent d’une extrême violence,  »
        L’avenir s’annonce sombre, « le ciel est noir », comme dirait Nana MOUSKOURI. Quoi qu’il en soit, nous ferons ce que nous pourrons. Puissent les ancêtres nous prêter main forte.

  4. Je me sentais un peu coupable de « honviisme  » quand j’etais a court d’inspiration pour ecrire quelque chose de profond en compassion, ne serait-ce que sur ma page FB alors que j ‘ai pompe 2 textes en 3 jours sur mon blog, pour Charlie! Heureusement tu sauves l’honneur! Ma petite excuse pour soulager ma conscience et trouver des circonstances attenuantes a qui les cherchent, c’est que j’etais paralysee par l’horreur. Pour ce qui est de CNN et autres cinfreres et cousins de Charlie, il y a bien longtemps que la violence en Afrique ne vend plus du papier . Le monde entier est anesthesie quand il s’agit du continent et de ses deboires. Alors le Kenya, ce pays qui a donne un fils unique et historique au monde doit porter sa croix, tout seul, presque. Bravo.

    1. Pour les gens, c’est presque comme la météo (ça me fait penser à Césaire qui disait que ce qui a choqué l’Européen dans les persécutions Hitlérienne, c’est qu’on avait osé faire une telle chose AUX BLANCS dans LE CONTINENT DES BLANCS)
      C’est tragique mais c’est comme ça. C’est insidieux mais c’est comme ça. Il faudra faire avec, peut-être qu’on aura l’occasion d’embrasser l’humanité réconcilée un de ce quatre. En attendant, c’est comme ça. L’adversité est présente à tous les niveaux.

  5. Cher About, je suis française, blanche et chrétienne. En effet, dans les médias français, le drame de Garissa ne fait pas la Une, loin de là. Mais sachez que les chrétiens français, sur les réseaux sociaux, ne parlent que de vous, prient pour vous, se révoltent du silence des médias, et sont kenyans en masse, alors que peu d’entre eux ont été Charlie… Vous avez totalement raison en faisant la distinction entre les « je suis Charlie » et les « je suis Kenyan ». Charlie a été l’emblème d’une société occidentale décadente, ordurière, agressivement insultante, sous prétexte d’humour (nul et blessant). Garissa est l’emblème de la jeunesse, du savoir, de la Foi, bref, de l’avenir chrétien et éclairé dont notre monde a tant besoin, sur tous les continents… Les Charlie ne peuvent pas, ne veulent pas comprendre cela. N’attendez rien d’eux. Mais du peuple chrétien universel, recevez dès maintenant prières, larmes de compassion, soutien inconditionnel…

      1. Je suis totalement en phase avec vous très chère. Je n’aurais su mieux le dire en fait. Car c’est ce que Charlie était devenu un outil de provocation sous l’emprise des néo-conservateurs américains; pas grand chose avec « la liberté d’expression ».
        Il est tragique que les médias de masse, par leur déferlante d’information propagandiste ait réussi à faire avaler cette couleuvre au monde entier. Mais rien de nouveau sous le soleil.
        D’autres part, je fais bien la distinction entre les élites françaises et le PEUPLE français; ce dernier à toute mon amitié. Tout particulièrement à la commmunauté chrétienne de France, la vraie. Etant un « catholique culturel », je garde un profond attachement à l’église authentique, pas celle qui fleurit dans les faiences et les vitraux mais celle qui enfante des hommes meilleurs…
        Comme dirait Jésus de Nazareth, « nous sommes des agneaux parmi les loups ». Mes amitiés. Que la paix soit sur vous.

        1. Je me joins à Isa, pour vous dire que les médias français ne représentent pas le peuple français (enfin je ne lis que la presse et internet et moi je vois beaucoup d’articles de soutien envers le Kenya mais apparemment la télé ne s’en fait pas suffisamment l’écho parait-il). Nous sommes tous profondément choqués par les attaques que vous avez subis encore récemment, au Kenya et dans d’autres pays aussi (je pense à Boko Haram au Nigeria et Cameroun, les drames au Congo et Daesh au Moyent-Orient etc, )….ne croyez pas que nous sommes indifférents bien au contraire…Pour être allée au Kenya et avoir aimé mon séjour et les rencontres là-bas je suis d’autant plus touchée par votre drame…Je ne sais malheureusement pas comment lutter contre ces terroristes…J’ai lu quelque part que Hollande a proposé de l’aide à votre gouvernement dans la lutte contre les shebabs, je ne sais pas si vous avez besoin d’aide dans cette lutte mais si c’est le cas nous serions contents d’aider à la protection de paisibles et honnêtes citoyens kenyans. Soyez fiers d’être Kenyans c’est un magnifique pays et j’ai le plus grand respect pour le peuple kenyan!

  6. Ici, l’affaire procède d’un procès de conscience faite à la masse européenne qui n’a pas payé sa dette d’émotion au continent noir qui l’a soutenu lors du Charlisme ambiant du début d’année. Mais aussi machiavélique que peut paraître ma réflexion, je pense qu’au-delà de tout, l’Afrique est déjà perçue comme spécialiste des morts par lots et qu’elle même ne devrait pas s’en émouvoir. Si nos histoires récentes sont chargés de foyers de tensions où l’on se spécialise en massacres de tout genre, on pense que nous sommes déjà habitués et qu’émotion, il ne faudra en aucun cas manifesté pour les noirs « carboniques ». J’explique un peu cela dans
    http://salaudlumineux.mondoblog.org/2015/04/05/pourquoi-les-chefs-detats-africains-ne-sont-pas-aussi-garissa-que-charlie/

    1. Tout à fait d’accord. J’ai déjà visité toutes sortes de sites et de chaines de Youtubeurs où ce point de vue était prépondérant. En gros, on a l’habitude. Je crois que c’est Mitterand qui disait en gros que pour les Africains, un génocide ou deux, c’est pas grand chose… « Y’a pas mort d’homme ».

      De toutes les façons, c’est à nous, et d’abord à nous que je m’adresse. Il faut arreter de s’en étonner, ça ne fait que serrer le noeuds coulant qui nous étouffe.

  7. Bien avant la tragédie de Charlie hebdo le continent recevait déjà des coups de ces fous d’allah sous le regard indifférent du monde. Rappelons nous de la tragédie du westgate au Kenya. « Notre sang carbonique et sauvage n’interesse personne » pas même les médias occidentaux dont le traitement des faits dans le monde est à la tete..ou plutôt à la peau du client. J’avoue que j’ai moi même failli me laisser endormir par cette indifférence médiatique. Merci pour le bel article

  8. J’ai m’attendait à ce que dans mon pays on puisse décrété même un jour de deuil national. cela n’a pas été le cas.le pouvoir est trop occupé à traquer les rappeurs et autres activistes de filimbi, y’en amarre et autre balais citoyen.

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