Burkina 1 – Compaoré 0 -quelques leçons à tirer jusqu’ici

Salutations… à toutes, à tous et à chacun!

Eh ben je n’y vais pas par quarante chemins (mais, ‘roulements de tambour’ quand même) : « Burkina Faso » ! C’est le gros sujet brûlant du moment, à juste titre. Il nous passionne, il nous tient en haleine, il fait couler encre, salive et kilobits, il a même réussi à éclipser un tant soit peu le grand monstre inquiétant d’Ebola (ah, attention sélective quand tu nous tiens !)… y a qu’à parcourir la blogosphère pour voir la masse d’articles sur ce sujet brulant, cet événement inédit et sans doute historique ! Pour ma part, je retiens juste quelques petits aspects de la chose.

Ces présidents qui refusent de laisser le pouvoir : bon, on peut passer le temps à crier haro sur ces présidents voyous qui s’éternisent au pouvoir… ou bien on peut s’interroger sur le pourquoi du comment de ce ‘syndrome de Gollum’ comme dirait un camarade blogueur

Syndrome de Gollum - Crédit: Jeff Kapi Mondoblog

Syndrome de Gollum – Crédit: Jeff Kapi Mondoblog

Hormis le goût du pouvoir, je crois que c’est aussi la peur de l’Après et des représailles. On me dira « Oh, ils le méritent », c’est vrai, mais là il s’agit de politique et de l’intérêt supérieur du peuple, il s’agit de choisir entre « Règlements de comptes» et « Intérêt supérieur »… Et pour ce que j’en sais, on obtient rarement les deux, « l’intérêt supérieur » et « la vengeance » (ou la justice, formulation très ambiguë quand c’est en politique ou en géostratégie). Pour ceux qui reprennent le pays en main, il faut choisir. Il serait bien de proposer une porte de sortie à ces présidents (Comme la présidence de la francophonie pour un certain Abdou Diouf, ou encore la garantie totale de ne pas être poursuivi après coup, comme celle que Vladimir Poutine a donnée à Boris Eltsine alors que ce dernier avait carrément bradé la Russie en petits morceaux et à vil prix Gbandjo-Gbandjo).

Boris Eltsine et Vladimir Poutine. Montage photo.

Boris Eltsine et Vladimir Poutine. Montage photo.

Après, bon, si le gars s’accroche et s’entête, malgré les portes de sortie, et nous la joue Mac Mahon (« J’y suis j’y reste !»), on ne peut rien pour lui sinon le botter dehors. Et ce serait bien que ces dirigeants nous évitent ces humiliations suprêmes liées à l’exil et aux poursuites, comme on dit « si tu n’as pas peur de dieu, au moins faut avoir pitié de toi-même »

L’armée et son rôle fondamental: Il y a un aspect absolument primordial que nous oublions trop vite : c’est l’armée… (Surtout les « opposants », gavés de beaux discours droitdelhommistes et électoralistes, ce qui pour moi est impardonnable et devrait même un marqueur de sérieux politique). L’armée : si on l’appelle « La grande muette », ce n’est pas pour rien ! Et si ça a marché au Faso, en plus du front commun de toutes les franges de la société, c’est parce que l’armée a plus ou moins refusé de massacrer le peuple (j’ai même entendu des rumeurs comme quoi des contingents togolais et ivoiriens auraient été dépêchés sur place pour faire le boulot… Vrai, pas vrai ? On ne sait pas ! Mais bref, l’armée a plus ou moins refusé de massacrer la foule)

Il est vrai que le peuple a manifesté et tout ça… Mais le peuple manifeste tout le temps ! (Comme Lomé et ses nombreuses marches, sit-in, sit-out, et tout le reste). Ce qui fait la différence, c’est l’armée, et ça vaut pour tous les pays, tant que l’armée n’est pas du côté du peuple, c’est une douce et dangereuse illusion que d’espérer l’emporter sur le pouvoir en place. Si l’armée n’est pas républicaine (au sens strict et étymologique du terme, c’est-à- dire si elle n’est pas préoccupée par l’intérêt commun) et bien le peuple a très très très peu de chances d’arriver à ses fins par un « soulèvement populaire ». Je me répète (encore), tant que l’armée n’est pas de ton côté ou tant qu’elle ne bascule pas de ton côté à un certain moment, tu ne prendras jamais au grand jamais (le pouvoir (jamais, jamais, jamais, jamais, jamais… Jamais !). A moins d’être prêt à de lourdes pertes humaines et de gros sacrifices. Ou alors, bien sûr, on arme les masses populaires… Mais là c’est plus ou moins la porte ouverte à la guerre civile, et on a bien vu ce que ça donne ça (donc très mauvaise idée).

Sinon des soulèvements populaires, on en a vu des masses (Tienanmen étant un des plus édifiants, ou encore les mille et une révoltes populaires postélectorales en Afrique… qui ont TOUTES capoté et où le peuple a payé une addition très salée). Il suffit de chercher à savoir de quel côté penche l’armée à chaque ‘trouble’ – abstraction faite des ingérences extérieures – et on peut prédire sans trop de risque de se tromper si ça va marcher ou pas. C’est un impératif catégorique indépassable.

Tiennanmen - L'emblématique image du Jeune homme  défiant les Chars. Crédit google

Tiennanmen – L’emblématique image du jeune homme défiant les Chars. Crédit Google

C’est une importante leçon à retenir pour nos politicards « opposants ». Ils devraient fermer un peu leurs bouquins de droit et entrer dans le sérieux politique, le vrai. Dans des systèmes comme ceux du Burkina, ce n’est pas la peine de cracher sur l’armée, pas la peine du tout et espérer prendre le pouvoir. (Bien sûr, logiquement, on peut se demander ce qui a guidé l’armée… Sursaut républicain ? Ordres, si oui d’où viennent les ordres ??? )

 


Le Togo dans tout ça : Les illusions qu’il ne faut pas faire

En l’état actuel des choses… ce genre de coup de force populaire est irréalisable au Togo, sauf bouleversement majeur et fulgurant du paysage des politiques et des forces en présence. Hormis cette l’armée (qui ne me semble pas très très républicaine) il y a cette maudite opposition mosaïque, effritée et friable comme de l’argile sèche, morcelée en une multitude de petits caïds, sans vision globale, avec un cruel manque de sens de l’opportunisme politique, dont le summum était pendant la période des grèves de l’an passé, avec la mort de ces deux pauvres enfants à Dapaong. (Ne parlons même de l’autre franco-togolais qui s’est fait dégommer et écarter depuis la France). Donc non, le vent du Faso ne risque pas vraiment de souffler sur le Togo, sauf changement majeur et retournement spectaculaire de la situation, surtout de l’armée !

Quand on est « républicain » et attaché au respect des textes, on ne peut que se réjouir de ce qui s’est passé au Burkina Faso, où l’expression « Pays des hommes intègres » trouve tout son sens. C’est un signal fort pour tous les toiletteurs de Constitution en puissance un peu partout sur le continent… C’est aussi une maigre compensation pour la mémoire du grand panafricaniste Sankara, c’est déjà ça. Espérons que les choses aillent dans la meilleure direction pour le peuple burkinabé, et tirons les bonnes leçons de cet événement.

Thomas Sankara

Thomas Sankara

Alors,

Vive le Peuple

Vive le Burkina Faso

Vive l’Afrique panafricaine

 

A.R.D-A. Lilium Inter Spinas

8 Commentaires

    1. Doucement hein Laurier.. Ne parles pas trop vite. Vent démocratique? C’est vrai qu’on peut pas se plaindre de l’éviction du vieux Blaise, mais perso, je préfère rester prudent. D’un autre coté, il s’agit aussi d’un coup d’Etat hein. Qui dit que le général, nouveau patriarche, ne voudra pas copier prédécesseur? Seul le temps nous répondra. Toutefois, j’ai quand même croire qu’ait assisté au décollage de la démocratie au Burkina Faso.

      En ce qui concerne le Togo, c’est une toute autre opposition qu’il faut. Une vraie, de nouvelles têtes fraîches.

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