AVEC L’IA GENERATIVE, NOUS ENTRONS DANS L’ÈRE DE LA RÉALITÉ SYNTHÉTIQUE ET DU “POST-SENS”…

Article : AVEC L’IA GENERATIVE, NOUS ENTRONS DANS L’ÈRE DE LA RÉALITÉ SYNTHÉTIQUE ET DU “POST-SENS”…
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26 novembre 2025

AVEC L’IA GENERATIVE, NOUS ENTRONS DANS L’ÈRE DE LA RÉALITÉ SYNTHÉTIQUE ET DU “POST-SENS”…

Avec Google Nano Banana, nos yeux ne suffisent plus pour distinguer le vrai du faux
Le point de bascule
Ces derniers jours, le géant Google vient de franchir un seuil aussi impressionnant qu’inquiétant. Son nouveau modèle d’images, “Nano Banana pro”, produit des visuels si réalistes qu’ils échappent totalement à l’analyse humaine (déjà, bravo à Google pour un retour en force avec un Gemini 3 audevant de la scène I.A., après quelques années à trainer derrière Open AI et Anthropic. Mais…). Même les plus sceptiques, ceux qui pensaient encore pouvoir repérer les défauts habituels des générateurs d’images, devront reconnaitre qu’ils n’y arrivent plus sans outils dédiés.
Ce lancement marque, plus encore que tout ce qui a précédé, un changement profond. La perception visuelle attentive, longtemps outil-clé pour déceler le vrai du faux, le déceler le deepfack et l’infox, cesse d’être un garde-fou contre la confusion.

Ce que nous prenions pour du “réel” peut désormais être fabriqué, sans trace, sans indice, sans le moindre artefact. Et ce glissement vers la réalité synthétique, la “matrix”, se fait bien plus vite que prévu.

Nana Banana pro de Gemini 3 ( Google)
Nana Banana pro de Gemini 3 ( Google)

L’hyper-réalité s’installe
Pendant des années, la menace des images générées restait théorique. On repérait une main mal formée, une texture incohérente, un reflet impossible. Ces repères n’existent plus. La dernière version de Nano Banana produit des photos qui traversent sans difficulté nos filtres mentaux. Nous entrons dans une ère où la vraisemblance devient une méthode de création. Une image convaincante devient une image acceptable. Et dès lors, la ligne entre vérité et fabrication n’est plus perceptible.
Ce n’est pas seulement un défi technique. C’est une rupture dans notre rapport à ce que nous voyons, notre sens le plus usité au quotidien.
Ce qui avait l’apparence du vrai était vrai. Ce principe s’effondre. Bienvenue de l’hyper-réalité, ou la REALITÉ SYNTHÉTIQUE, là où le virtuel surrimpose sur le réel, et le masque complètement à nos…yeux.

SynthID, un exemple d’outil… mais une preuve de notre vulnérabilité

Hyper-réalité, généré par Intelligence artificielle (ChatGPT :D )
Hyper-réalité, généré par Intelligence artificielle (ChatGPT 😀 )

Face à cette montée soudaine de réalisme, Google met déjà en avant SynthID, une marque d’eau invisible intégrée dans les images qu’il génère. L’idée est simple. On charge l’image dans Gemini, on demande une vérification, et la marque digitale signale si elle vient de Google.
En pratique, c’est beaucoup plus fragile. SynthID permet certes d’identifier certaines images, mais seulement celles provenant de Google, seulement si elles n’ont pas été modifiées, et seulement dans un contexte contrôlé. Dès que l’image circule, est recadrée ou légèrement retouchée, la signature devient incertaine. Cette limite englobe parfaitement l’enjeu actuel. Même avec des outils conçus pour nous aider, nous restons aveugles. Notre capacité à trier le vrai du faux dépend désormais d’un cadre technique qui, lui-même, n’est ni universel ni suffisamment fiable.
SynthID n’est donc pas une solution, mais un symptôme. Il montre que la détection repose déjà sur la bonne volonté de ceux qui fabriquent la confusion ! Qui possèdera donc nos sens ?

Le glissement vers la “réalité synthétique”
Ce qui se joue dépasse largement la technologie. C’est le début d’une rupture épistémique, voire ontologique. Nous entrons dans un monde où la vue (nos sens, donc) ne garantit plus rien. Une photographie peut être parfaite, mais totalement fabriquée. Une voix peut vous appeler sans que la personne n’ait jamais parlé. Une vidéo peut paraître authentique tout en étant entièrement synthétique.
La vision ne sert plus de filtre. L’oreille ne suffit plus non plus. L’intuition perd sa fonction. Ce que nous appelions une “preuve” visuelle cesse d’en être une. Nous devons réapprendre à vivre dans un environnement où les sens n’ont plus la capacité de confirmer la réalité. C’est un renversement anthropologique. Un passage vers ce que j’appelle à la suite de tant d’autres réalité synthétique, un espace de “post-sens”, où nos organes de perception ne sont plus des repères fiables, mais des portes d’entrée pour des illusions convaincantes…On sentirait venir la matrix (encore), à pas feutrés.


La vraie question : comment vivre dans un monde où tout peut être faux ?
Le risque principal n’est pas que l’IA mente. C’est qu’elle fabrique un univers où tout semble plausible, y compris les mensonges les plus élaborés. Dans un tel monde, la confiance disparaît. La manipulation devient ordinaire. Les débats publics se fragmentent. Les preuves visuelles perdent leur rôle. Et chacun évolue dans un écosystème saturé de faux crédibles.
Ce n’est plus une bataille contre quelques images truquées. C’est un basculement global où la désinformation n’a même plus besoin d’être sophistiquée pour être efficace. Il suffit que le doute devienne permanent.

Ce qui nous attend
Pour la première fois, nous devons envisager un quotidien où la vigilance remplace la perception. Les images ne seront plus des éléments de preuve, mais des objets à vérifier. Les sons et les voix devront être authentifiés. Les documents devront être signés, tracés, estampillés, comme une nouvelle forme de cryptographie sociale.
La réalité synthétique n’est pas une idée futuriste. Elle est déjà là. Et Google, avec Nano Banana (comme les autres producteurs de modèles), vient simplement de révéler à quel point nous sommes proches d’un monde où le réel et le faux coexistent sans frontières visibles.
La question n’est plus de savoir si l’on peut faire confiance à nos yeux.
La question est de savoir ce qui remplacera cette confiance perdue.
Bienvenue dans l’ère de la réalité synthétique et du “post-sens”.
Et ce n’est que le début.
ARDA

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