Écrire ‪#TBCS4E0

Salutations chères toutes et chers tous

 

Il arrive que l’on ait envie d’écrire, sans forcément savoir quoi…écrire pour écrire, pour le plaisir de la forme et du geste. Après tout, un blog sert aussi à ça. C’est là peut-être que la question se pose sur cette chose qui nous réunit: l’écrire.

Image Machine à écrire et livre

Crédit: flickr.com


 

Écrire est une blessure, un épanchement de soi, de sa sève de son sang et de son souffle, dans le grand fleuve de l’humanité. A grand jet de mots, nous nous offrons à nous-même et aux autres. Une des choses les plus extraordinaires de notre époque est sans doute la facilité avec laquelle nous accédons à la parole et au savoir. La grande révolution d’internet aura sans doute été celle-là, et si elle accentue par la même occasion le caractère profondément narcissique, égotiste et individualiste de notre époque, eh bien tant pis. Le jeu en vaut largement la chandelle.

 

BLOG : Bulle de Liberté Ouverte au Globe

 

Écrire est un acte de liberté.

C’est bien de ça qu’il s’agit. Par ces espaces privilégiés de liberté, liberté d’expression et liberté d’impression, jetons-nous dans le calice-internet comme d’humbles pièces de monnaie pour la quête pendant la messe. Il s’agit de se semer aux quatre vents de la toile et d’aller par-delà les distances et le temps. Être prêt à être lu par un inconnu à l’autre bout de la planète…et par son cousin ou son voisin de pallier. Écrire est peut-être l’ultime liberté, la façon la plus facile de projeter dans le temps, en dehors de la reproduction. Nos blogs ou nos livres sont tels des ilots d’humanité, nous sommes sept milliards d’unicités grouillant à la surface du monde et des centaines de millions d’âmes surfant sur la toile… peut-être autant de blogs et sites, autant d’ilots. Qu’il est beau et grand cet archipel de paroles et de points de vue et de regards croisés.

écrire (7)

Chacun de nos blogs et ouvrages étant comme autant d’Iles et d’insularités – Crédit: Flickr.com

 

Se dire et se raconter de mille et une manières, encore et encore, jusqu’à ce que le monde renaisse à lui-même.

 

Le voyageur contemplant une mer de nuage - Friedrich Caspar David

Le voyageur contemplant une mer de nuage – Friedrich Caspar David

Écrire est une prise de risque.

Écrire est prise de parole et prise de risque. Il est bien menu souvent, ce risque, mais parfois, il coute plus cher qu’un simple commentaire hargneux. Cette prise de risque est fonction de notre courage, de notre érudition ou encore de la longueur de la laisse qu’on nous met au cou (ou que nous nous mettons volontairement). De Gramsci à Lénine en passant par Nkrumah, combien d’hommes et femmes ont joué leur liberté, voire leur vie, à quitte ou double au nom de leur écrits. Un risque perpétuel que nous prenons à diverses échelles. Exprimer sa vérité et sa vision du monde, c’est risquer de se confronter à celle d’autrui, ou de plusieurs millions d’autres. Après tout, même maintenant, ne suis-je pas en train de prendre un risque? (Toutes proportions gardées, cela va de soi 😉 )

Plus encore, combien d’empires et civilisations se sont élevés ou effondrés par la force de mots répétés et scandés à l’unisson, d’idées fixées dans la chair du papier et transmises, gravées, presque à jamais, dans le marbre de l’éternité. Nos mots nous survivrons sans doute, fussent-ils même virtuels.

 

Écrire est un exercice de style j’ai toujours bien aimé cette expression, exercice de style

Le style, mais si, vous savez bien, ce truc tout particulier, cette touche personnelle de « l’écriveur » qui le caractérise, ce qui fait que Rimbaud n’est pas Baudelaire, que Césaire n’est pas Senghor. Notre style nous dépasse, il fait appel à nos sensibilités profondes, notre approche du « lire » et de « l’écrire », notre culture et nos influences. Le style est cette idiosyncrasie ultime qui fait que, bien que parlant du même sujet, X et Y ne dirons pas tout à fait la même chose, ou du moins de la même manière.

Et l’exercice de style, ce travail ayant pour finalité première l’écriture en elle-même, marque une étape dans cette aventure de l’écriture : où l’écriture sort de son rôle d’outil strict pour devenir chose en soi, créature douée de vie et de volonté et d’envies.

Bien sûr il y a le danger de la sur-écriture, de trop en faire et de finalement tout gâcher.  D’ailleurs, j’arrête d’en parler pronto.

 

Écrire, c’est avoir faim 

C’est étrange comme parfois notre âme frivole et insatiable peut nous donner l’impression de n’avoir encore rien écrit, encore rien lu, rien appris et rien défriché. Cette faim d’écrire (et de dire et de lire) qui nous met toujours en mouvement, le cœur en dérangement, l’œil curieux et la main joyeuse à l’idée de sculpter un monde de plus,  un mot de plus, juste un mot de plus. Un mot puis un autre, un monde puis un autre.

Écrire quelque chose qui vaille la peine d’être lu, ou pas du tout. Écrire pour écrire comme je le fais peut-être en cet instant 😀.  Contempler les mots emmêlés glisser le long de ses doigts et plonger dans l’immobilité sacrée du Temple, temple de papier ou de 0 et 1 et de « Like ». Et nous avançons ainsi, la fleur au bout du clavier, l’esprit encombré de chants d’oiseaux, de fleurs de potagers ou de sourires insaisissables. Nous avons la plume au cœur et l’œil au bout des doigts.

Même si chaque bonheur d’écrire et de dire (ou ne pas dire) ne dure que fugacement, le temps de la création et de la contemplation, par ces menus gestes, anodins et discrets, nous bâtissons l’édifice de notre Mémoire, celle qui nous survivra. Quel siècle magique où presque chacun peut laisser une trace, un héritage, un morceau de lui…

Crédit: freepik.com

Crédit: freepik.com

Même quand la fièvre de l’inspiration et les lumières du Dire s’estompent, même quand, juste après avoir appuyé sur la bouton « publier » on se dit peut-être « quoi pour mon prochain article ? », nous nous vivons!  Une façon comme une autre de suivre le cours du temps et de jeter des cailloux sur son passage, histoire de se rencontrer soi-même, tout comme on rencontre les autres. Se dire quelques temps plus tard, avec surprise, émerveillé ou écœuré:

« sérieux, c’est moi qui ai écrit ça ? ».

On peut ainsi marquer un deuil,une perte, une année de plus ou tout simplement le bonheur de lire les autres, et mille autres choses dans ce gout là, etc. etc.

Partition Crédit: www.retifweb.ne

Partition
Crédit: www.retifweb.ne

La floraison des mille et un points de vue ainsi que d’autant de centres d’intérêts amplifie sans commune mesure les voix qui résonnent à travers nos écrans. Mais il ne s’agit pas de cacophonie ou de vacarme, plutôt d’une symphonie sans cesse en écriture dont seul le Créateur, peut-être, perçoit toute la beauté et l’harmonie. Par cette écriture, on peut s’oser libre comme un petit togolais ou toujours à l’école comme un petit écolier, briller comme un salaud ou faire parler sa plume. Dans ce grand frémissement, où tant de points de vue se croisent et se rencontrent, se heurtent parfois, il nait quelque chose de plus grand que nous tous. Comme disait le grand Marcel Proust

« L’univers est vrai pour nous tous et dissemblable pour chacun (…) de mon lit, j’entends le monde s’éveiller, tantôt par un temps, tantôt par un autre. (…) ce n’est pas un univers, c’est des millions, presque autant qu’il existe de prunelles et d’intelligences humaines, qui s’éveillent tous les matins. »

Il y a quelque chose de beau là-dedans.

 


Cet billet est a pour point de départ le Blog Contest, sa quatrième saison, c’est un genre de lettre de motivation, en gros.  Comme je n’aime guère le concept de lettre de motivation, bah nous voilà, tout ce que j’ai pu écrire, c’est l’écrire. (ça sonnait plus drôle dans ma tête, en fait). J’aime à penser que j’aurai d’autres bonnes raisons et occasions d’écrire par le biais du Blog Contest. On verra bien! 😉

 


Ici pour suivre les autres participants

Yann Moebius

Tendresse Dave

Arsdy Kapnang

Marie SimOne Ngane

Obone Nang

 

A.R.D-A.

5 Commentaires

  1. Beau billet! C’est vrai que l’acte d’écrire peut servir différents buts et objectifs… Ce que j’aime par dessus, c’est la notion de subjectivité qui sous-tend et construit chaque acte d’écriture. En gros,  »je pense donc je suis » et par extension,  »je pense donc j’écris » 🙂

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