Deuil : pour tous ceux que nous avons perdus

Le deuil, une expérience solitaire

Deuil
Crédit: lexpress.fr

« A tous ceux qui s’en vont

Comme s’ils revenaient un quart d’heure plus tard

Et qui ne reviennent jamais

A tous ceux qui s’en vont

Comme ils étaient venus

Et emportent avec eux, des morceaux de nous »

 

« Vendredi soir, tu rentres chez toi, après une rude journée. Pourtant tu as le sourire aux lèvres, car la soirée promet d’être agréablement bien remplie, tout comme le week-end… et c’est là que ta mère rentre aussi, livide, les yeux encore marqués par des larmes qui viennent à peine de sécher – elle t’apprend alors que ton cousin, ton tout petit cousin, est décédé. Quelque part, il y a une grosse météorite qui a dévié de sa route et vient te heurter de plein fouet. »

 

Salutations chères toutes et chers tous,

Le deuil, comme la mort, est une expérience solitaire particulière. Entre douleur et incompréhension, entre larmes intérieures et crispations de colère, on navigue ainsi, meurtri et chancelant, sur des eaux troubles et acides.

Et parce que  que nous passons tous par-là, je ne serai pas seul à parler ici, la parole est partagée avec mon camarade, Archer de son état, Laurier.

 

Le Deuil

La façon la plus juste de se le représenter, serait peut-être l’image d’un pieu, qui viendrait « vam » se planter en plein dans notre cœur alors que vous vous-y attendez le moins. C’est comme être frappé par la foudre alors que le temps est parfaitement clair, le ciel parfaitement bleu. Car la mort donne rarement de préavis, rarement de signe avant-coureur, rarement de chronogramme de « comment les choses vont se passer ».

Et le pieu, lentement, très lentement, méthodiquement (sadiquement) sera retiré par vos soins et celui de vos proches, tout aussi meurtris, tout aussi brisés, tout aussi sidérés. Car le pieu doit sortir, bon gré mal gré. Cela s’appelle « le deuil ».

Mais, quelle audace qu’elle a quand même, cette Mort, qui vient ainsi, jusque dans votre jardin à vous, ravir votre proche à vous : votre père, votre frère, votre sœur, votre cousin, votre cher(ère) et tendre. Cela n’arrive donc pas qu’aux autres !? Vous aurait-on trompé, vous ne seriez donc pas le centre de l’univers, vous ne seriez-donc pas différents des autres ? Et Dieu, ce monsieur (ou cette dame) que nous prenons la peine de prier tous les jours, il était où, en congé?

 

Laurier : Quand nous apprenons qu’une personne qui nous est chère n’est plus, l’on sent la terre se dérober sous nos pieds. L’on se demande pourquoi. Pourquoi elle ? L’espace d’un instant, la réalité semble fiction. Nos pensées se bousculent dans un tumulte. L’on accuse Dieu, l’on blasphème proférant toute sorte d’invectives à son endroit, le menaçant presque de le renier s’il ne faisait pas revivre notre défunt.

 

Et puis s’en vient le vide, béant, vorace, dévastant tout sur son passage.

Laurier : Très vite, nous sentons le vide laissé. C’est la fin de l’histoire commune vécue avec le défunt. Une partie de nous le rejoint. Des souvenirs, quelques photos seront désormais ce qui nous restera. Les condoléances fuseront de partout. Amis, collègues, camarades, apporteront du soutien, du réconfort par leur présence, espérant qu’en partageant notre peine, cela nous rendra moins triste. Mais un deuil se fait seul. Parce que c’est seuls que nous souffrons. Le soulagement apporté par la présence des autres est momentané.

Dans cette détresse que nous subissons, nous flirtons avec la plus fragile version de notre personnalité. Nous découvrons d’autres pans de notre personne. Ainsi aux prises avec la douleur : « nous découvrons quelles sont nos limites, nos qualités, nos défauts, etc.

 


 

« Rien ne dure dans ce monde cruel, pas même nos souffrances » Charles Chaplin.

 


 

Viens, viens, viens et coule, temps ami. Viens doucement panser mes plaies. Viens, oubli frère, gommer de ma pensée ces taches de sang et de larmes.  Anges et démons, versez donc du vin dans ma coupe, remplissez-la à raz-bord, que j’y noie mon âme lacérée, que j’y jette mes yeux qui ont vu l’être cher partir.  Coule, coule, temps ami, et emporte avec toi les larmes et pleurs, ne laisse que le reste… ne laisse que ce qui brille.

 

Laurier : Plus le temps passe, plus la douleur qui autrefois était vive devient terne. Le temps se fait notre ami. Lentement il pansera nos plaies, nous ramenant progressivement vers un quotidien plus acceptable, plus agréable. Pour certains la mort est salvatrice parce qu’y trouvant l’ultime solution à leurs problèmes, pour d’autres elle est malheur, parce qu’elle les arrête dans leur cheminement. La mort n’est pas égale pour tout le monde. Quand une personne âgée (80 ans ou plus) décède, nous pouvons dire qu’elle a bien vécue et n’a pas forcément perdue quelque chose. Par contre, lorsque c’est une personne jeune qui meurt, elle n’a pas eu le temps de vivre.

Tu n'est plus là où tu étais, mais tu es partout où je suis. Victor Hugo

Tu n’es plus là où tu étais, mais tu es partout où je suis. Victor Hugo
Crédit: comemo.org

Face à la tyrannie de la mort, l’espoir et le sourire. Face à l’épée de Damoclès qui pend au dessus de nos têtes, et pire encore,  sur la tête de nos êtres chers, l’espoir et le sourire. La vie n’est précieuse que face à la mort. Quel plus bel hommage pour ceux qui ne sont plus que de vivre chaque instant, respirer chaque goutte d’air, comme autant de trésor qu’ils ne contemplerons plus. Comme autant de merveilles que nous nous faisons devoir d’apprécier en leur nom…

Vivre, rire, bondir, courir… Chérir leur souvenir.

Nous ne sommes pas seuls, nous nous drapons du voile de nos ancêtres, et nos êtres chers marchent dans nos pas, s’esquissent dans chacun de nos gestes…un peu comme notre ombre. Nous ne sommes plus seuls.

 

Laurier: Soyez là pour vous-mêmes d’abord et pour ceux que vous aimez ensuite. Ne vous négligez pas. Trouvez des gens qui vous rendront vos sentiments. Tout le monde mérite d’aimer, et d’être aimé en retour. Ne transigez pas sur ce point. Dansez, riez et partagez des repas avec vos amis, ceux que vous aimez. Les vraies amitiés, honnêtes et solides, sont miraculeuses parce que nous les choisissons, au lieu de fonder notre loyauté sur des liens de consanguinité. Choisissez-les avec soin, et aimez-les du mieux que vous le pouvez. Réalisez vos ambitions. Bâtissez une chose que vous serez fière de léguer à la descendance. Entourez-vous de belles choses. Au milieu de la grisaille et la tristesse qui envahissent souvent nos existences, sachez repérer l’arc-en-ciel et en préserver le souvenir. Trouvez la beauté en toute chose, même s’il vous faut parfois y regarder d’un peu plus près.

Ma parole est tombée !

 

Que dire de plus, si ce n’est esquisser un douloureux sourire face à la terre qui continue sa ronde. Ou peut-être, comme une consolation, se remémorer ces vers :

Ceux qui sont morts ne sont jamais partis :
Ils sont dans l’Ombre qui s’éclaire
Et dans l’ombre qui s’épaissit.
Les Morts ne sont pas sous la Terre :
Ils sont dans l’Arbre qui frémit,
Ils sont dans le Bois qui gémit,
Ils sont dans l’Eau qui coule,
Ils sont dans l’Eau qui dort,
Ils sont dans la Case, ils sont dans la Foule :
Les Morts ne sont pas morts.

Birago Diop, Souffles.

6 Commentaires

  1. Allez, j’épluche à défaut de rimes, des bribes de phrases… des phrasées… lol :

    Le seul salaud est un salaud mort disait un certain « Cyrille Nuga »…

    Le soir-là, à la terrasse, alors que le salaud et Renaud étaient assis à table, Laurier prit la pizza et la rompit…

    Et comme j’ai lu ce texte un peu tôt le matin, je devrais dire comme Françoise Sagan : « Bonjour Tristesse »…

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