La démographie ou le miracle Africain

Salutations chères toutes et chers tous.

Évoquons aujourd’hui un des plus remarquables miracles de l’Afrique: sa démographie. On a tous entendu et réentendu cette fameuse phrase : en 2050, le quart de la population mondiale sera africain. C’est probablement le grand phénomène de repeuplement de l’histoire récente de l’humanité.

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L’Afrique est un continent, pas une île

Avant d’aller plus loin, une chose fondamentale: l’Afrique, messieurs et dames, est un CONTINENT : 30 000 000 de mètres carré! Ce n’est ni un pays, ni une île, ni une péninsule. Ne perdons pas cela de vue.

 

Esclavage et dépeuplement de l’Afrique

Pourquoi la démographie actuelle est un véritable miracle, et pourquoi parler de re-peuplement ? Tout simplement parce que le continent revient de loin, de très loin même. D’ailleurs, par rapport à sa superficie, même en excluant les déserts, il n’est pas si peuplé que cela. On fait encore pale figure derrière l’Asie, en termes d’habitants par kilomètre-carré.

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La notion de « Surpopulation » est en elle déjà problématique, et révèle une certaine méconnaissance de l’histoire du continent. L’Afrique Impériale a toujours été relativement peuplée, mais le ma’afa (le Grand Désastre, la traite négrière) nous a énormément couté en vies humaines. Les pertes s’évaluent entre 100 et 200 millions.

 « Au XVIe siècle, dans la plupart des régions d’Afrique subsaharienne, il existait des villes considérables pour l’époque (soixante mille à cent quarante mille habitants ou plus), de gros villages (mille à dix mille habitants), souvent dans le cadre de royaumes et d’empires remarquablement organisés, et aussi des territoires à habitat dispersé dense. […]

[…] A partir du XVIe siècle, la situation s’aggrava singulièrement. Les Portugais pénètrent le Congo, au sud de l’embouchure, ils conquièrent l’Angola, attaquent les principaux ports de la côte orientale et les ruinent, pénètrent dans l’actuel Mozambique. Les Marocains attaquent l’empire Songhaï, qui résiste pendant neuf ans. Les agresseurs disposent d’armes à feu, alors que les Subsahariens n’en ont pas. Des milliers d’habitants sont tués ou capturés et réduits en esclavage. Les vainqueurs s’emparent de tout : hommes, animaux, provisions, objets précieux…

Royaumes et empires sont disloqués, émiettés en principautés amenées à se faire la guerre de plus en plus souvent afin d’avoir des prisonniers qui pourront être échangés, notamment contre des fusils, indispensables pour se défendre et pour attaquer. Il en résulte des déplacements de populations provoquant de nouveaux heurts, des regroupements dans des sites refuges, la propagation d’un état de guerre latent jusqu’au cœur du continent. Les razzias se multiplièrent au point d’atteindre le chiffre de quatre-vingts par an, au début du XIXe siècle, au nord-est de la Centrafrique, d’après le lettré tunisien Mohammed el-Tounsy, qui voyageait au Darfour et en Ouaddaï (actuel Tchad) à cette époque. Le pourcentage des captifs par rapport à l’ensemble de la population s’accroît donc continuellement entre le XVIIe siècle et la fin du XIXe, et des « districts autrefois densément peuplés furent reconquis par la brousse » ou la forêt. » Pr Louise Maës-Diop

 

La récente explosion démographique

En l’état de nature, la population de l’Afrique connaissait une régulation simple : natalité forte – mortalité forte. Le mot d’ordre était simple : « la nature tue tout ce qui bouge, fais-donc un maximum d’enfants, parmi quelques-uns survivront ».

Crédit: http://www.ankhonline.com

Crédit: http://www.ankhonline.com

Cette régulation naturelle, couplée à l’état de délabrement politico-économico-social du Continent au sortir des cinq siècles d’esclavage, explique le taux d’accroissement naturel relativement bas. Mais, suite à la colonisation, avec l’introduction de la médecine prophylactique et autres, on verra la machine être relancée significativement (Natalité toujours forte – Mortalité en baisse). C’est heureux, ou plutôt c’est moins pire.

Cependant, la mentalité qui consiste à faire beaucoup d’enfants perdure encore aujourd’hui, notamment dans les campagnes, car les mutations ont eu lieu assez vite. La natalité que l’ainé Kpelly ne manque pas de fustiger vient de là.

Fait peu connu, au sortir des indépendances, certains intellectuels s’inquiétaient déjà de la faible démographie du Continent. L’actuel repeuplement apparait donc comme miracle de l’histoire. Un miracle comme il s’en produit très peu ; figurons-nous que les amérindiens, les aborigènes d’Australie ou de Tasmanie n’ont pas eu cette chance.

 

Le faux-problème de la surpopulation

Comme dit plus haut, l’Afrique est un Continent et doit se penser comme tel. Tous les pays n’ont pas la population du Nigéria ou de l’Egypte ; à côté, il y a des territoires beaucoup moins peuplés comme le Gabon. Bien qu’il faille dès maintenant œuvrer à un contrôle des naissances, il ne faut pas non plus être dans l’excès et perdre la tête. Tirons les leçons de l’expérience chinoise. Ils commencent à voir leur population légèrement décliner, ce qui a conduit récemment à un arrêt de la politique de l’enfant unique.

Proportion de la population suivant les continents - Wikipedia

Proportion de la population suivant les continents – Wikipedia

Urbanisation et baisse de la natalité

L’Urbanisation entraine une baisse de la natalité. C’est systématique (à cause de l’augmentation significative du coût de la vie et du temps de plus en plus long que l’on consacre aux études). Pour exemple : notre génération se comporte souvent de fratries de 3 à 4, alors que celle de nos parents comptait des fratries 7 et 10 sans problème. Les « jeunes » d’aujourd’hui, surtout ceux ayant grandi en ville, n’ont absolument pas l’intention d’enfanter une équipe de football.

Or l’Exode rural un fléau, crève le plafond ces dernières décennies. Qui dit exode rural dit « urbanisation » (même de manière délétère), donc baisse tendancielle de la natalité sur l’échelle du temps. Ça se fera sur quelques décennies, bien sûr. Voilà déjà un facteur de ralentissement sur le long terme.

 

Démographie – Géopolitique – Masse Critique

Il y a un rapport entre la démographie et la poids géopolitique. Un pays sous-peuplé a relativement peu de chance de peser lourd, peu importe sa puissance financière ou militaire. Par exemple, on voit mal la Suisse déclarer la guerre à la Chine.

Et demain l'Afrique

Dans le très excellent ouvrage « Et demain l’Afrique« , Edem Kodjo montre la relation entre un espace géo-économique raisonnable, une population raisonnablement importante et le développement. Le « développement » est extrêmement couteux en ressources matérielles et humaines. Ainsi, pour ce qui est de la recherche spatiale, cite-t-il:

Le nombre des membres du Club spatial ne risque pas de dépasser la quinzaine d’ici la fin du siècle (20è siècle, nda) car, pour en faire partie, il faudra disposer de grands moyens scientifiques, technologiques, militaires et financiers; en un mot: une masse critique… Il n’y a pas de place dans « l’espace »pour des ensembles de moins de deux cents millions d’habitants.  – Mahdi Elmandjra, cité par Edem kodjo.

200 millions d’individus…c’est le minimum de ressources humaines nécessaire pour se construire (Les pays européens vieillissants possèdent déjà les superstructures du « développement », ils n’ont pas à se « construire »), s’auto-gérer  et tenir ferme face aux grands ensembles actuels. Les micro-états africains peuvent donc aller se coucher (Tant qu’il vont en rangs dispersés, il n’ont pas voix au chapitre et ne l’auront JAMAIS).

Notez que la régression de l’Afrique est allé de pair avec son dépeuplement, comme c’est souvent le cas.

 

Le défi de la démographie

C’est certain, la démographie africaine est un défi. Mais une telle abondance de forces vives et dynamiques est le parfait terreau pour bâtir une civilisation très puissante et rayonnante en à peine un siècle. A condition de faire ce qu’il faut, et de changer le « problème » en ce qu’il est, c’est-à-dire une grande opportunité. Pour l’instant, ces forces vives se noient dans la Méditerranée ou vont faire la vaisselle dans les restaus d’Europe, donc faut voir…

Il nous faut des politiques souveraines aux échelles « nationale » et continentale. Ce serait malavisé de s’appuyer exclusivement sur des ONG ou autres Organismes Internationaux pour savoir combien d’Africains méritent de naitre ou pas.

 

Cette inquiétude autour de «la marée noire»

On peut se demander pourquoi on ne hurle pas autant après les pays d’Asie du Sud-Est. Certes, le quart de la population mondiale sera africain en 2050…mais plus de la moitié est déjà asiatique ! A tous ceux qui fantasment sur la question, il n’y aura pas de « péril noir », pas plus qu’il n’y a pas eu de « péril jaune ». Toutes les « vagues d’immigrations » ont été autorisées par les grands patronats occidentaux dans le but de réduire le coût du travail, pénalisant ainsi les masses laborieuses occidentales, suivant le principe de l’armée de réserve de Karl Marx.

 

Bien à vous

A.R.D-A.

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