La violence dans l’histoire (3) – Fin

Salutations chers tous

J’aime à penser que ce troisième et dernier volet de « la violence dans l’histoire » vous trouve en bonne forme. C’est une chose étrange que de poursuivre sur ce sujet au vue de l’actualité, les tragédies qui émaillent le monde entier, surtout celles du Kenya, sont encore très vives et bouleversantes dans les esprits. Je profite de l’occasion pour dire, encore une fois, nos condoléances aux familles. Malheureusement, les mots et les larmes ne font pas tout!

Enfin, ce qu’un Homme a commencé un Homme doit finir.

Dans cette dernière partie (ici partie 1 et partie 2) nous allons encore descendre dans les échelles de considération. Être plus « terre à terre » et palpables que précédemment.

 

Violence et dialectique : résistance, soumission et régression.

C’est un aspect de la question qu’il me parait important de soulever.

Violence dans l'histoireQuand on prend une seule carte à jouer et qu’on la plie, elle casse vite. Tout un paquet par contre ploie mais ne romps pas. Ceci dit, si vous maintenez la pression suffisamment longtemps autour du paquet, il finira par casser également, feuillet par feuillet. Bien évidemment, ce sont les cartes les plus exposées à la pression qui cèdent en premier.

Ceci est une illustration parfaite de ce que je veux aborder. Quand un peuple subit une violence et/ou une domination extérieure, il y a systématiquement deux types d’individus qui apparaissent : Les résistants et les soumis (toujours, ils apparaissent toujours). Si la violence s’installe pendant suffisamment longtemps et que l’ennemi est beaucoup plus fort, les résistants sont éliminés (tués, emprisonnés ou déportés, au choix). Il s’en suit donc une régression radicale du peuple, tant sur le plan du matériel génétique (les forts, les courageux et les résistants ayant été éliminés, il ne reste que les planqués, les collabos et les plus faibles) que sur le plan moral (la couardise devient une valeur de survie, tout comme la délation et la soumission. La majorité des parents enseigne à leurs enfants à courber l’échine, à ne pas trop la ramener, à faire tout bien comme il faut). A long terme, cela oblitère l’esprit de grandeur et l’audace d’un peuple. Une expression de chez moi illustre fort bien la chose, je pense : « manon tonyéviadji » (Que je me contente du peu que j’ai).

Comme un parasite dans un corps malade, les traitres et les collabos fleurissent et se développent, dominent leur congénères et profitent du système : Exemple des royaumes esclavagistes pendant la traite négrière ou d’une certaine pseudo-élite économique à l’époque coloniale et à la plus récente époque néocoloniale)

Comme on dit : « A la guerre, ce sont les meilleurs qui partent en premier ». C’est tragique.

 

La violence dans l’histoire : quelques cas.

1- Afrique, être trop « civilisée » a fait sa ruine.

Un africain conscient de son histoire ne sait que trop bien à quel point les rapports de peuple à peuple peuvent être violents, surtout envers les plus gens les plus civilisés. Pour nous, les cinq derniers siècles sont particulièrement édifiants. Comment sommes-nous passés de la grandeur de l’Afrique Classique à ce b*rdel généralisé, ce brouillard diffus de médiocrité, d’aliénation et de désunion ? Une certaine violence y est pour beaucoup.

violence dans l'histoire (4)

Œuvres (très) réalistes – Empire du Bénin

A partir du XVème siècle, le contact avec l’Occident a été source d’une grande violence, une violence que peu de gens peuvent réellement comprendre et mesurer encore à ce jour. Il ne s’agit pas de pleurniche, ce sont juste les faits. A l’aube du XVIème les grands royaumes du continent avaient un niveau très acceptable par rapport à l’échelle mondiale, voire un niveau supérieur (comme dans la gestion de l’état et l’alimentation pour tous).  Évidemment, les choses n’auraient pu être possible sans les nombreux soumis et traitres qui jalonnent notre histoire, ça aussi ce sont les faits.

Si on doit simplifier, condenser et prendre des raccourcis, ce qui a fait la différence c’est le canon. D’une certaine façon, l’Afrique était trop « civilisée » pour se concentrer sur la fabrication des armes. Tout le reste n’est qu’une résultante logique de la violence prolongée (se référer au paragraphe « Dialectique de la violence : résistance, soumission et régression »). Mais bon, ce qui est fait est fait.

Crédit:nahlaciss.chez.com

Crédit:nahlaciss.chez.com

La leçon à retenir:

Si tu as de hautes pyramides, de belles villes, de grandes bibliothèques ou de grands greniers, assure toi aussi d’avoir un gros gourdin (Sinon tu ne feras pas long feu et les enfants de tes enfants auront oublié jusqu’à ton existence)

 

 

2- La thalassocratie Britannique (puis anglo-saxonne)

Violence dans l'histoire (20)En la matière, l’empire Britannique est un cas d’école. Un royaume relativement petit qui réussit à conquérir la majeure partie du monde, à imposer sa domination jusqu’à nos jours (en ayant passé le témoin aux États-Unis). Elle a même compensé sa petitesse géographique une domination basée sur la mer : une thalassocratie. Paradoxalement, ils ont probablement été un des peuples les plus sanguinaires et les plus génocidaires de la planète. Même si ce n’est pas à eux qu’on penserait en premier en y songeant. Que ce soit avec les amérindiens, les aborigènes, les birmans, j’en passe et des meilleurs. Pour paraphraser Churchill « Ce n’est pas la supériorité de nos idéaux ou de notre philosophie qui nous a rendu maitres du monde mais bien notre capacité à maitriser la violence organisée ». C’est rien de le dire.

C’est le monopole de la violence a été un atout majeur dans la grandeur de l’Angleterre (puis de l’Amérique). Les anglais ont pris de l’avance sur leurs camarades d’Europe lors de guerres successives (nous l’évoquions dans la première partie: la débâcle de L’Invincible Armada pour les espagnols, la bataille de Waterloo puis Trafalgar pour les français). Quand on sait que les Yankees ont été en guerre 222 ans sur leurs 239 ans d’existence, on comprend beaucoup de choses. Le concept de Pax americana n’est pas tombé du ciel.

Crédit: http://reseauinternational.net

Pays avec des bases américaines – Crédit: http://reseauinternational.net

Nous sommes un peuple de la guerre. Nous aimons la guerre parce que nous sommes très bons à la faire. En fait, c’est la seule chose que nous savons faire dans ce putain de pays: faire la guerre, on a eu beaucoup de temps de pratique et aussi parce que c’est sûr que nous ne sommes plus capables de construire une machine à laver ou une voiture qui vaille un pet de lapin ; par contre si vous avez plein de bronzés dans votre pays, dites leur de faire gaffe parce qu’on va venir leur foutre des bombes sur la gueule… – George Carlin

 

3- Haïti ou « La violence utilisée à bon escient »

Crédit: faculty.goucher.edu

Crédit: faculty.goucher.edu

Haïti est sans doute un autre aspect de l’usage de la violence. Pour autant que je sache, la libération de ce Saint Domingue, la révolution Haïtienne ne s’est pas faite autour d’une table de négociation, lors d’un « débat d’Idées ». Et c’est euphémisme. La révolution haïtienne a été d’une violence inouïe, mais il fallait ce qu’il fallait pour se libérer du joug esclavagiste. C’est d’ailleurs le lieu de rendre un énième hommage mérité à Toussaint Louverture, un des plus grands génies militaires de son temps.

 

Maitrise de la violence directe Vs Non maitrise de la violence indirecte.

Le plus triste dans l’histoire, c’est que si Haïti a su maitriser la violence frontale et directe, il n’en fut pas de même pour la violence indirecte, ce qui lui a couté cher : Les multiples trahisons, les mensonges, coups fourrés au sommet, la capture de Louverture, les manipulations bancaires et cette immonde dette que l’Ile était censée payer aux esclavagistes… Toutes ces choses, en plus de l’occupation de l’ile par des forces étrangères et de la dictature, ont eu raison de l’Ile, l’ont changé en ce cloaque de désolation que nous dépeignent les média.

 

4- William Lynch

Pour donner une idée, c’est de lui que vient le mot « lyncher ». Ceci est un discours de William Lynch, en 1712 en Virginie. Lynch était un propriétaire d’esclaves anglais des Caraïbes. Il présenta ses techniques et méthodes particulièrement efficaces pour garder le contrôle des esclaves. C’était une forme très « hard » de Mind Kontrol Ultra si vous voulez. Pour lui, il s’agissait d’expliquer à ses « potes » esclavagistes comment empêcher les nègres indisciplinés de s’unir. C’était un genre d’expert en la matière :

Mesdames, Messieurs, Je vous salue ici, en cette année de notre seigneur, 1712 (…) Si je suis là aujourd’hui, c’est pour vous aider à résoudre les problèmes que vous avez avec vos esclaves. J’ai expérimenté dans ma modeste plantation, des méthodes nouvelles de contrôle des esclaves. La Rome antique nous envierait si mon programme était appliqué. Non seulement vous perdez de l’argent en pendant vos esclaves, vous avez aussi des insurrections, des révoltes, vos champs restant ainsi longtemps sans être cultivés, vos propriétés sont souvent victimes d’incendies, votre cheptel est tué. Je ne suis pas là pour énumérer tous les problèmes que vous avez avec ces esclaves, mais pour vous aider à les résoudre. (…)

Je fais ressortir un certain nombre de différences parmi les esclaves; il me suffit de reprendre ces différences, de les agrandir, de les exagérer. Puis je suscite la peur, la méfiance, l’envie, la méfiance en eux, afin de les contrôler; par exemple, prenez cette liste de différences: l’âge, la couleur, l’intelligence, la taille, le sexe, la superficie des plantations, l’attitude des propriétaires, le lieu d’habitation des esclaves (vallées, montagnes, l’est, l’ouest, le nord, le sud), le type de cheveux des esclaves (fins ou crépus), la taille des esclaves (grands de taille ou courts). Je vais ensuite vous donner une stratégie d’action pour mettre tous ces éléments ensemble; mais avant tout, j’aimerais vous dire que la méfiance, le manque de confiance en soi, est plus efficace que le respect ou l’admiration. L’esclave noir, après avoir reçu ce lavage de cerveau, perpétuera de lui-même et développera ces sentiments qui influenceront son comportement pendant des centaines voire des milliers d’années, sans que nous n’avions plus besoin d’intervenir. Leur soumission à nous et à notre civilisation sera non seulement totale mais également profonde et durable. N’oubliez jamais que vous devez opposer les adultes et les noirs âgés aux plus jeunes, les noirs à peau foncée aux noirs à peau plus claire, la femme noire à l’homme noir (…) cela vous permettra d’asseoir une domination quasi éternelle sur eux.»  William Lynch, 1712, Colonie de Virginie. (Ici  l’Intégralité du discours)

Au point de vue strictement théorique, ce raffinement dans l’usage de la violence est tout à fait fascinant. De même que le recours à l’intemporel « divide ut regnes » (diviser pour mieux régner). Quant à savoir ce qu’inspire ce genre de méthodes… je laisse à chacun le soin d’en penser ce qu’il en pense. La formule est très souvent remise au gout du jour en tant qu’outil de domination. Son usage n’est bien évidemment pas restreint à une seule « race » ou une seule région. Que voulez-vous, « on ne change pas une équipe qui gagne ».

Il va sans dire que le dossier de la violence est très très grand, les cas sont légions. C’est question pleine d’attrait mais nous ne saurions en discuter dans les limites de cette esquisse.

Ceci clôt cette discussion qui s’est quelque peu éternisée. Mes salutations à ceux qui m’auront tenu compagnie jusqu’ici. On pourra refermer ce chapitre quelque peu « amer » et voir vers d’autres directions.

Bien à vous,

A.R.D-A.

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