08 Mars. Deux trois choses à vous dire, mesdames

Salutations, chères toutes et chers tous.

Alors, ce fameux 08 Mars, journée de la femme. D’abord, bonne célébration à toutes et à toutes : mères, aïeules, sœurs etc… Ceci étant précisé, il y a deux trois choses dont j’aimerais qu’on discute (ou se dispute, c’est selon) sur cette journée et sur le « féminisme » dans sa globalité. Comme plusieurs camarades, je m’en vais montrer quelques réticences et quelques bémols par rapport à cette journée (qui n’est pas une fête, on est d’accord)

Je viens du continent des grandes reines-mères Une chose aussi à préciser, je suis particulièrement agacé par ces dames, qui sont surement très gentilles et croient en ce qu’elles disent, qui viennent me donner des leçons de morale à moi, un africain, à plus forte raison un jeune Guin du golfe de guinée. Sous prétexte que je les martyriserais et les maintiendrait sous mon joug. Sérieusement, en Afrique, nous sommes le peuple des reines et des grandes dames, des reines et des héroines. Parlons de la vénérable et héroïque reine mère Ashanti Yaa ASANTEVA, de Kimpa vita, de  la reine Njinga, de la reine Tiyi, d’Hatchepsout, des candaces Amanisachétè et d’Amaniréna, des Minon du Danxomé. Alors arrêtez de venir m’em****der avec vos récriminations.  Nos soeurs devraient en prendre de la graine, s’inspirer de ces illustres personnges et pas Simone de Beauvoir.

La YAA Asantewa, légendaire femme au fusil Crédit: www.black-feelings.com

YAA Asantewa, légendaire femme-au-fusil, reine mère du royaume Ashanti
Crédit: www.black-feelings.com

Crédit: www.vuvamu.com

Crédit: www.vuvamu.com

Certes, il y a encore des injustices, mais pas que. Sur le plan de l’histoire longue, nous sommes certainement le peuple qui a eu le plus d’égards et de considérations pour les femmes. Je le dis haut et fort, et que cela soit su.

Hatchepsout, femme Pharaon - Crédit: antikforever.com

Hatchepsout, femme Pharaon
– Crédit: antikforever.com

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Les Axosi ou Minon (Amazones) du Danxomé – Wikipedia

Dans ma culture, ce sont les femmes qui font le commerce. Ce sont elles qui détiennent littéralement le pouvoir économique. Et je ne parle pas seulement du petit négoce, mais des grandes femmes d’affaire qui font du commerce international. Vous avez déjà entendu parler des Nana Benz non ? Alors il faudrait arrêter d’abuser. Parlons des femmes, oui parlons-en. Mais parlons de toutes les femmes. Et toutes les femmes, ça veut aussi dire ces très grandes dames citées plus haut. D’ailleurs, dans les associations, on donne presque automatiquement le pose de trésorière aux femmes. On y verra un sexisme ambigu, mais ce n’est pas rien, la trésorerie! J’ai bien plus de respect pour ce « féminisme » quand il s’affirme fermement, mais sans chichi et sans fard, sans hésiter à prendre ce qui lui revient de droit, plutôt que celui qui se complait dans une espèce de pleurnicherie culpabilisante sur fond de conflit eudipien non réglé.

Pour la femme ou contre « l’homme » ?

J’admets parfaitement qu’en l’état actuel des choses il y a de profondes injustices sur le plan économico-social et culturel. Mais je suis assez excédé et agacé par toutes ces femmes qui  dévient lentement de leur ligne directrice, et passent de la promotion de la femme à la lutte « contre » l’homme. Même si les deux peuvent être contingents dans une certaine mesure, il ne faudrait pas confondre les choses. Non mais, comment ça lutter contre le mâle, ou carrément le « mal » dans l’esprit de certaines. Sérieusement, vous connaissez une seule espèce du monde vivant où les deux genres se font la guerre? Non, personne ne connait une telle espèce…tout bonnement parce qu’elle s’est probablement éteinte quelques années après son apparition. Nous sommes appelés à être complémentaires, à œuvrer ensemble, main dans la main, côte à côte, pour bâtir un demain plus radieux. Pas à nous tirer dans les pattes. D’autant que dans un conflit frontal et direct, les femmes seront immanquablement perdantes et on fera un grand bond en arrière. C’est tragique. D’ailleurs, bien souvent les hommes sont plus féministes que beaucoup de femmes. Il y  a de plus en plus d’offres d’emploi où on précise clairement « candidatures féminines encouragées ». Dans le domaine tertiaire, un employeur (citadin  et moderne) sera bien plus tenté d’offrir le boulot à une femme qu’à un homme, juste parce que « parité genre » et consort. On peut bien évidemment aborder la question du harcèlement sexuel, mais ce pas le sujet ici .  Dans les milieux urbains, on donne carrément l’égalité, il n’y a qu’à saisir au vol. Et quand ça coince, souvenez vous que les choses changent à leur rythme, personne ne pourra jamais dansé avant la musique sans danser faux.

Promotion de la femme, Bêtises et amgiguité

Cela tient en peu de mots:

Un homme une femme sont complémentaires et égaux en termes de droits. Mais une femme ça ne sera jamais un homme et un homme ça ne sera jamais une femme. Une femme moyenne ne peut pas fournir la même qualité d’effort qu’un homme pour des tâches physiques sur la longue durée…et un homme ça ne peut pas créer la vie, sinon par procuration.

 

Promotion de la femme et régression sociale

Dans cette affaire, on fait souvent comme si la femme était une espèce sui generis qui était tombée du ciel depuis les années quarante. Comme si elle n’était pas là depuis le début, quand tout ce bordel de société se formait.

Une bonne frange du « féminisme » est très douteuse et fumeuse, notamment sur le plan de l’économico-social et de la lutte des classes. Les femmes « bourgeoises » rêvent de travailler « comme les hommes », avec des boulots intéressants, alors que pour la femme du prolétariat et du sous-prolétariat, le travail n’est pas un luxe, c’est une corvée, une nécessité de survie. Je préconise de ne pas passer le temps à se m***urber l’esprit sur des abstractions comme « l’égalité » ou « la liberté » et mon c*l sur la commode. Observons plutôt les effets pratiques des phénomènes, notamment là où leur action est la plus avancée, comme en Europe : Partout où le combat de la femme progresse, sa condition économico-sociale régresse. Car le droit au travail devient très vite une obligation au travail. C’est le grand patronat et la banque sui se frotte les mains. Il faudra sérieusement et humblement réfléchir à la question. Se centrer sur le sérieux, c’est-à-dire : l’économico-social, l’économico-social, l’économico-social.

Promotion de la femme – Vernis et grattage dans le sens du poil

Le véritable « féminisme » semble avoir été biaisé et détourné de son but à coup de glissements sémantiques successifs. Il est devenu un vernis qui cache de sévères et implacables inégalités, structurelles celles-là, et qui ne sont pas prêtes de changer (car ceux qui les portent ne sont pas prêts à les abolir).  Ce serait bien de considérer aussi la partie immergée de l’Iceberg et de prendre le taureau par les cornes.

Féminisme et amnésie

Il y a surtout une amnésie ou une certaine mauvaise foi qui touche la promotion de la femme dans son ensemble, notamment en Afrique. Alloooo mesdames, nous sommes sur le continent où une femme peut se faire répudier à demi parce qu’elle ne donne que des filles (ou à tout le moins se faire mépriser et chahuter par sa belle-famille… et par les TANTES et BELLES SOEURS surtout! Oui.) Il y a un immense terreau culturel, historique et épistémologique sur lequel reposent toutes les inégalités en place aujourd’hui. Ces inégalités existent, il n’est pas question de les nier.

Féminisme de papa ?

Il est assez ironique que, bien souvent, les femmes semblent ne pas pouvoir sortir de l’orbite des hommes. « Il faut leur montrer », « il faut leur démontrer », « il faut leur prouver ». Non mais, faites votre truc tranquille, sans stress et sans rush. Certaines femmes patrons ou grands-patrons se sentent obligées d’en faire trop, de sur-jouer, et de surcompenser. Il n’en est rien, il ne devrait y avoir de complexe. Surtout en Afrique, terre des grandes reines et de battantes, je le précise.

Le 08 Mars seulement…quel manque d’ambition !

Crédit: forum.femmeactuelle.fr

Crédit: forum.femmeactuelle.fr

Toutes Les femmes devraient être à la journée de la femme tous les jours et s’impliquer plus. Je parle bien évidemment de celles qui peuvent se le permettre, pas celle qui sont occupées à trimer pour survivre, littéralement. Je vous assure, dans le contexte urbain « moderne et branché », il y a énormément de place pour vous. On vous veut, on vous cherche, on vous recherche…mais vous n’êtes pas là. Trop occupée à faire sécher le vernis de vos ongles ou à  vous plaindre de votre ex. Récemment j’étais à un café poétique organisé dans le cadre du festival FILBLEU à Lomé. Dans l’assistance, j’ai été attristé de constater qu’il n’y avait que deux femmes pour à peu près une trentaine de personnes. Bon, on me dira que c’est la poésie, la littérature, et que ça n’a guère d’intérêt. Mais même pour des choses plus « dures » et « sérieuses », les femmes sont souvent aux abonnées absentes. Il y a même des assemblées générales de club de promotion de la femme où les hommes sont plus nombreux que les femmes. Non mais, on va où là? Elles sont où, ces superwomen qui nous ont élevé? Car il y en a ! Parfois je me demande si certaines  femmes ont les mêmes renseignements que nous par rapport à ce sujet ? Quel est leur projet exact pour mieux s’affirmer, avoir la dernière robe à la mode?

08 mars (12)

De la journée du 08 mars en elle-même, et de ce qu’elle sous-tend.

Pour finir, prenons les choses d’un point du vue philosophique (je sais, je suis incorrigible, mais ça sera très bref): Il y a ce qu’on appelle l’altérité, c’est à dire le fait d’être « autre », ou le rapport à l’autre. La journée de la femme ne semble donc se définir et prendre de sens que par rapport à l’homme. Tout comme la gauche se définit par rapport à la droite, le haut par rapport au bas etc… Puisqu’il n’y a pas de journée de l’homme, cette journée semble être un aveu: Celui que nous vivons dans un monde (encore et toujours) centré sur l’homme, sur le mâle. Régi, dominé et organisé par ce dernier. Et c’est vrai, je ne sais pas si ça ne changera jamais, mais pour l’heure c’est ce qui est. La question c’est, est ce que nos mère, nos sœurs valident pleinement cet état de chose ou pas ? Car on aura beau vous donner l’égalité abstraite, si vous ressentez le besoin de célébrer une journée pour vous, c’est que vous n’êtes pas encore sortie de l’auberge. Car, comme répondait Soyinka à Césaire:

« Le tigre ne crie pas sa tigritude, il bondit sur sa proie et la dévore ». W.S.

Tout ceci étant dit, nous sommes de tout coeur avec vous, pour le meilleur et le meilleur. Pour paraphraser Charles Baudelaire, je dirais que vous êtes « notre tout et notre moitié ».

Bien à vous.

A.R.D-A.

2 Commentaires

  1. Ouf! Tu n’y es pas allé de main morte, Renaud.

    Et le plus drôle c’est que tu as raison sur toute la ligne: nous venons d’un continent de reines, de guerrières et d’héroïnes qui n’ont pas attendu le 8 mars pour prouver quoi que ce soit à qui que ce soit, et encore moins aux hommes. Quand la Reine Pokou sacrifiait son enfant pour sauver son peuple, ce n’était pas pour prouver quoi que ce soit, c’était par devoir.

    Aujourd’hui, certaines femmes sont devenues des personnes qui pleurnichent à longueur de journée et qui s’accrochent à des futilités. On a peu de choses à ajouter après une si brillante analyse de la situation. Chapeau bas

    1. Merci!
      Oui, nos femmes ne devraient pas se complaire dans la complainte. Celles qui se cantonnent à cette unique vision du « féminisme » font honte à nos ancêtres. Nous sommes la terre des grandes dames, nous.

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