Lomé, un tueur d’enfant brulé vif

Salutations, chères toutes et chers tous.

Un terrible fait divers à Lomé: une scène assez tragique a émaillé les conversations ces derniers jours.

Étant donné que c’est plus ou moins de l’ouï-dire et du bouche-à-oreille (même si c’est passé à la radio) pardonnez le peu de détails et le caractère approximatif de ce récit :

Quartier Dékon, une dame était en train de vendre de l’essence « frelatée » communément appelée « Boudè » au bord de la route. Un « client » arrive et attend de se faire servir. La dame est très vite alertée par le comportement suspect et les gesticulations du monsieur, comme s’il cherchait quelque chose. Elle demande alors ce qui lui prend, à ce client-là. Très vite la situation escalade sans qu’on sache trop pourquoi et les choses dégénèrent (c’est le cas de le dire). Pour on ne sait quelle raison, l’homme tente de s’emparer de l’enfant qu’elle a avait au dos. Après une brève altercation, de dépit, le monsieur se saisit du petit qui avait à peine un an, le soulève bien haut et le projette violemment contre le sol. L’homme est très rapidement neutralisé et immobilisé par le voisinage, mais le mal est déjà fait.

Une fois passé à la question de la manière qu’on imagine, il avouait avoir été envoyé par un monsieur X pour lui procurer un enfant et pas dans le sens de « adopter », vous l’aurez compris. Voyant que la mission échouait, il avait alors décidé d’en finir avec le gosse pour ne pas être le seul perdant. Dans le même temps, l’enfant avait été envoyé en catastrophe à l’hôpital, mais il succomba très vite des ses très sévères blessures.

Une fois que la foule apprenait la mort de l’enfant, ni une ni deux, le voleur d’enfant à présent promu tueur d’enfant était brulé vif. Sans autre forme de procès. La présence des forces de l’ordre ne changea rien à son sort funeste.

Homme brulé vif - Crédit: abidjantv.net

Homme à bruler vif – Crédit: abidjantv.net


 

Ce fait tragique est dans le sillage des rapts d’enfants tant et tant décriés sur la toile et sur les média divers. Le phénomène a court à Lomé aussi. Et encore, ces derniers temps ça s’est un petit peu « calmé ». Il fut un temps, il y a quelques années, où nous étions aussi dans cette psychose des vols d’enfants. Ceci étant, de temps à autres des faits tragiques comme celui relaté plus haut viennent jeter de brulantes braises sur notre tranquillité. Récemment, il y avait d’ailleurs eu cette jeune femme tuée par un Ibo. On est bien loin du temps de « Lomé la belle ».

 

Crimes et Justices populaires

C’est une ambiance qui me rappelle quelque peu la fameuse folie des malgaches que décrivait Andriamialy. Toutes proportions gardées, naturellement.

Je mets un accent tout particulier sur la lente résurgence des revanches populaires ces dernières années. Car oui, il fut un temps où les voleurs étaient brulés vifs, un temps où c’était la norme pour eux, à plus forte raison les voleurs tueurs d’enfants. Même si ce temps est loin, car on avait éclairé notre visage (2) entre temps, la chose revient peu à peu, goute à goute.

 

Du manque de confiance en la Justice.

Outre le caractère exceptionnel de ce crime, je crois qu’il y a autre chose (Tenter d’enlever puis tuer un enfant justifie selon moi bien plus qu’une mort douloureuse…mais bon, d’un autre côté Jésus-Christ a dit qu’il faut pardonner alors…) : Les gens font très peu confiance à la justice et aux autorités dites « compétentes ». La justice, en tant que monstre d’administration, de paperasserie et de corruption (surtout !) ne dit pas grand-chose à pas grand monde. Elle est vue comme une justice des forts et des riches. Où les victimes qui portent plaintes restent les victimes jusqu’au bout  de la chaine. Car parfois des malfrats recouvrent la liberté quelques semaines voire quelques jours après leur arrestation; certains se payant même le luxe de narguer et/ou menacer leur victime une fois dehors. C’est ça, la « terre de nos aïeux ».

Crédit:lepost.huffingtonpost.fr

Crédit: lepost.huffingtonpost.fr

Le système semble avoir été infiltré par les commanditaires, les « parrains ». Du moins c’est le sentiment, probablement justifié en partie, qui domine. C’est comme si des loups dirigeaient la bergerie et qu’en plus on leur confiait le maintien de l’ordre. Pour exemple, une des versions qui est très vite sortie est que le monsieur était « un déséquilibré mental » (Alors qu’il avouait plus tôt avoir été mandé par un X de le procurer en chair fraiche).

On aura beau trouver les lynchages barbares et rétrogrades, tant que le système n’assura pas la justice et l’équité, ce genre de choses va se multiplier encore et encore. Surtout si la misère et les conditions de vie s’aggravent graduellement.

Si ventre affamé n’a point d’oreille, il n’a point de morale et de patience non plus. A.R.D-A.

 

De l’universalité de la violence

Et détrompez-vous, vous qui hochez la tête d’un air condescendant, ce n’est pas exclusif à l’Afrique ou au Togo. Partout où la justice et l’équité ne sont plus garantis par qui de droit, le peuple fera le boulot lui-même, aussi violent et sanglant que cela puisse être Exemple des Jacqueries en Europe médiévale. Ce sont des principes immanents et intemporels. Enfermez des gens qui se disent civilisés pendant plusieurs jours sans eau ni nourriture, ou mettez un couteau sous la gorge de leur enfant, et vous verrez ce que c’est que la barbarie et l’atavisme.

 

Justice ou injustice dans le sang

Le drame, c’est que si la vindicte populaire est expéditive et radicale, elle est tout aussi aveugle que Dame Justice. En effet, il arrive aussi que des innocents soient pris dans l’engrenage. Je me rappelle ce cas d’un Zémidjan(1) remorquant un client et qui se mit tout d’un coup à crier au voleur. Son client aurait pu se faire lyncher si la foule n’avait pas exigé de plus amples explications. Après approfondissements, on réalisa que le Zémidjan avait une araignée au plafond et un paranoïaque (pour le coup, c’était un vrai déséquilibré mental, lui!)
De l’anarchie et du chaos

Quand ceux qui sont censés faire appliquer la loi ne la respectent pas eux-mêmes, et quand une population ne fait pas confiance au système qui est censé le protéger et garantir la justice, c’est la porte ouverte à l’anarchie, un peu comme ce que Hegel appelait « la bête sauvage »… Bien sûr, on n’en est encore très loin, mais c’est intéressant de le souligner.

Bref, c’était un tragique fait divers à Lomé. Une infortune comme une autre, quelque part sur la planète Terre.

Bien à vous, A.R.D-A.

 

(1) Terme en Lomégbé désignant un taxi-moto

(2): transcription littérature d’une expression en Ewe qui signifie à peu près « être civilisé », au sens eurocentrique et citadin tu terme.

4 Commentaires

  1. Bon, cette histoire même approximative n’est que le constat d’un système en échec !(je ne vise pas le modèle Africain en particulier)

    Le monde est dans une situation dramatique, que faire ?

    1. En effet, ce n’est pas le système « Africain » en particulier, enfin, quoique…

      Quant au « que faire », Ah ça, c’est la question à 7milliards (d’habitants ou de dollars?)

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